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    February 28

    L'amour en rose, en cuir, en céramique

    La môme
    Ecrit et réalisé par Olivier Dahan
    Avec : Marion Cotillard, Jean-Pierre Martins, Gérard Depardieu, Clothilde Courau, Jean-Paul Rouve, Sylvie Testud, Pascal Greggory, Emmanuelle Seignier, Catherine Allegret
    La vie d'Edith Piaf, de son placement en maison close chez sa grand mère paternelle à sa mort à Grasse en 1963 en passant par les rues de Paris, New York, l'Olympia.
    Tout a tellement déjà été dit ailleurs qu'il m'est difficile de trouver les mots. Au-delà de la reconstitution du Paris d'avant-guerre, au-delà du montage musical qui donne à entendre l'oeuvre de Piaf sans qu'elle n'étouffe jamais le film, au-delà de la réalisation impeccable et du scénario, astucieux dans ses retours temporels, au-delà de l'interprétation (incarnation?) magistrale de Marion Cotillard dont on oublie les traits, il y a l'émotion. Une émotion vibrante dans les déchirements des séparations, sourde dans cette volonté farouche d'aller au bout d'elle-même, une émotion douloureuse dans la déchéance et la mort. Pas de glorification, Piaf est une femme entière avec un caractère difficile, petit oiseau fragile et timide face à Marlène Dietrich, monstre d'autorité avec son jeune amant américain. Dahan explore l'ombre et la lumière d'une artiste et d'une femme qui se construit dans la souffrance. Bouleversant.

    Ghost Rider
    Ecrit et réalisé par Mark Steven Johnson d'après le comics de Gary Friedrich et Mike Ploog
    Avec : Nicolas Cage, Eva Mendes, Wes Bentley, Sam Elliott, Peter Fonda, Matt Long, Donal Logue
    Johnny Blaze, cascadeur à moto, a vendu son âme au diable en échange de la vie de son père. Depuis il est devenu l'homme de main de Méphistophélès et chaque fois que le mal rôde il se transforme en Ghost Rider, un surhomme à l'apparence d'un squelette, le crâne continuellement en feu...
    Sur le papier, les Ghost Rider sont au nombre de 3. A l'écran, il n'y en a plus qu'un qui combine un peu d'histoire de chacun. Et quelle histoire ! Bien sûr, au vu de la bande annonce, je ne m'attendais pas à un grand film. Pour tout dire, la seule raison pour laquelle j'ai été voir Ghost Rider, c'est pour me moquer de la moumoute de Nicolas Cage. Ben quoi, je paye pas, j'ai le droit d'aller au ciné pour des raisons farfelues. Et je n'ai pas été déçu. Parce qu'il n'y a pas que la coiffure de Cage qui soit drôle, il y a aussi le rire démoniaque de Peter Fonda, la musique country western latino, le talent incroyable d'Eva Mendes qui a pris des cours de moue, suivi de près par la prestation tellement sympathique de Cage, plus ahuri que jamais, qui enclenche l'accélérateur comme personne. On notera toutefois la qualité des effets spéciaux (mais pourrait-il en être autrement dans ce genre de productions basées uniquement sur les effets ?) même si ce type qui s'embrase avec son blouson en cuir clouté, ses chaînes et sa grosse moto est surtout plus ridicule qu'autre chose. Et puis 2h pour se moquer, c'est un peu long...

    Je crois que je l'aime
    Ecrit et réalisé par Pierre Jolivet
    Avec : Vincent Lindon, Sandrine Bonnaire, François Berléand, Liane Foly, Kad Merad
    Lucas, riche patron d'entreprise, rencontre Elsa, artiste céramique et tombe immédiatement amoureux. Mais rendu suspicieux par une précédente histoire qui l'avait laissé anéanti, Lucas fait appel à son chargé de sécurité pour s'assurer qu'Elsa ne cache rien d'étrange...
    Les ingrédients sont classiques, pour ne pas dire éculés, et pourtant la recette prend encore grâce essentiellement aux interprètes et à quelques situations savoureuses. De plus, avec seulement 90 minutes, Je crois que je l'aime évite le risque de la lassitude. On sourit souvent, on rit parfois, notamment grâce à un sumotori et une allergie aux chats, l'alchimie entre Lindon et Bonnaire est plus qu'évidente et Liane Foly est très amusante avec son accent canadien. C'est léger, joliment écrit et finement interprété. Certainement pas le film de l'année mais une comédie romantique franchement agréable.
    February 26

    Mon beau mec du lundi n°61

    Ce n'est pas parce que ma vie est un chantier sans nom, que je suis bon à rien et que je finirai certainement seul et dans la misère qu'il me faut oublier mes devoirs de maître de blog. Après tout si Valérie Lemercier a pu tenir toute une soirée avec brio alors qu'elle était visiblement fatiguée (et on la comprend lorsqu'on voit l'apathie de la salle, exception faite de Guillaume Canet qui siffle, hurle et applaudit très fort : Go Guillaume !!), je peux le faire aussi. Donc, comme nous sommes lundi et même si j'ai très envie de vous faire une critique de La Môme, qui devra attendre mercredi où elle sera certainement couplée avec Ghost Rider (je cherche déjà un titre commun au billet, c'est pas gagné), je vais vous présenter mon nouveau beau mec de la semaine. Un qui devrait sans conteste ravir Cécile, Nataka et Rhum Raisin mais peut-être pas pour les mêmes raisons : Thierry Neuvic.
    Thierry Neuvic, comme son nom le laisse supposer, est français et Thierry Neuvic, comme son nom ne le laisse pas supposer parce que c'est un critère qui n'est pas lié au patronyme, est un putain de beau gosse. Pour moi en tout cas. Bon, Thierry a 36 ans ce qui pourrait faire dire à certains de mes (jeunes) lecteurs qu'il est trop vieux. En tant que trentenaire dans un peu plus de 15 mois, je dis à ceux-là : 30 ans, c'est pas vieux !! Pour en revenir à Thierry, son premier rôle remonte à tout juste 10 ans dans La femme de la fôret, mini-série avec Sophie Duez. Il est d'ailleurs un habitué des mini-séries puisqu'il est apparu dans Sud Lointain, Le miroir de l'eau et dernièrement Mafiosa, le clan. Comme tout un chacun, Thierry doit aussi payer ses factures et on le voit dans Tel père, tel flic, Fargas, Joséphine, ange gardien et Le juge est une femme, productions française de qualité comme on sait si bien les faire. Heureusement, Thierry joue aussi parfois dans d'excellents films comme c'est le cas avec Comme t'y es belle ! et Ne le dis à personne. Bientôt, il devrait reprendre (mais rien n'est moins sûr) le rôle de Gilles, l'artiste sexuellement indécis dans la deuxième saison de la très sympathique Clara Sheller qui devrait se faire avec une autre actrice que l'adorable Mélanie Doutey dans le rôle titre. Pourquoi en faire une deuxième saison si l'actrice principale n'est pas disponible ? Bonne question mais après tout, si ça marche dans Les Feux de l'amour... non, oubliez, je n'ai rien dit !
    February 24

    Ignominie et Barbarie

    Juste une fois !
    Ecrit et réalisé par : Bob Goldthwait
    Avec : Melinda Page Hamilton, Bryce Johnson, Geoff Pierson, Bonita Friedericy, Colby French, Jack Plotnick
    Amy est amoureuse et comme son petit-ami veut faire correctement les choses, elle le présente à papa et maman qui vénèrent leur petite fille si parfaite. Mais voilà, Amy n'est pas parfaite, Amy a un secret honteux et elle craint qu'en le révélant, elle perde à jamais l'amour des siens. Et effectivement, ce n'est pas loin d'être le cas...
    Les films d'auteur à petit budget qui tournent dans le circuit des indépendants réservent parfois de savoureuses surprises. Pas là.
    Juste une fois ! est une comédie au postulat de départ douteux. Le secret d'Amy, qu'on découvre dès les trente premières secondes du film, est si répugnant qu'il est ensuite impossible de regarder la jeune fille. Elle a beau cumuler les catastrophes, pleurer et être malheureuse, rien n'y fait. On essaye, on s'obstine en se disant " ce n'est pas si grave après tout", mais le sentiment de dégoût persiste. Pourtant les autres personnages tentent bien de nous écoeurer tout autant, notamment avec une histoire de biscuit, mais Amy garde la palme. Au-delà de la répulsion que le personnage inspire, le film cumule beaucoup de points négatifs : une réalisation sans originalité, des décors cheap et un humour qui manque cruellement de finesse. Le tout pour arriver à cette morale affligeante et poussive : parfois il faut savoir mentir pour être heureux. Merci du tuyau !

    Le dernier roi d'Ecosse
    Réalisé par Kevin MacDonald / Scénario de Jeremy Brock, Peter Morgan et Joe Penhall d'après l'ouvrage de Giles Foden
    Avec : Forest Whitaker, James McAvoy, Kerry Washington, Gillian Anderson
    Jeune médecin désirant fuir la monotonie de son Ecosse natale, Nicholas se rend en Ouganda dans une mission humanitaire. Le destin ne tarde pas à le placer sur la route du nouveau président du pays, le général Amin Dada qui lui demande très vite de devenir son médecin personnel. Séduit, Nicholas accepte avant de se rendre compte que l'homme est bien plus dangereux qu'il ne le croyait.
    Kevin MacDonald revient sur l'une des dictatures africaines les plus sanglantes du siècle dernier et dresse le portrait fascinant d'un homme dévoré par le pouvoir. Forest Whitaker, habité, impose sa présence face au jeune McAvoy, parfait en idéaliste dépassé par les évènements. Et c'est là l'une des plus grandes forces du film. Pas à pas, MacDonald instille une tension grandissante dans chacun de leurs face-à-face jusqu'à son terrifiant et insupportable dénouement. Oscillant entre la sincérité brute d'un documentaire et le thriller politique, Le dernier roi d'Ecosse ne se dépare jamais de sa volonté évidente d'éclairer une figure emblématique, tour à tour débonnaire, inquiétante, fragile et monstrueuse. Reste au final, une oeuvre fiévreuse, engagée et d'une poignante intensité.
    February 21

    La raison du gros boeuf est toujours la plus forte

    Aller au cinéma, au delà de la question du film, c'est se retrouver avec des gens, plus ou moins nombreux, que vous ne connaissez pas, à moins que vous ayez une salle privée, dans ce cas je n'ai qu'une seule chose à vous dire : "épousez-moi". Pour les autres, ce qui, comme moi, vont au ciné dans des salles remplies d'inconnus, il y a certaines catégories de personnes qu'on craint toujours de voir débouler :
    - Les enfants pour commencer, surtout lorsqu'ils sont petits et que le film n'est pas franchement approprié, parce que, inévitablement, le gamin va s'ennuyer et donc commencer à s'agiter et tirer sur la manche de maman pour savoir quand est-ce qu'il peut rentrer à la maison, ce qui est parfaitement compréhensible, moi aussi, quand je m'ennuie, j'ai envie de rentrer chez moi. A leur décharge, moi aussi je trouverais ça drôle de sauter sur les sièges si mes parents ne m'avaient pas appris à ne pas le faire mais mes parents étaient vieux-jeu, ils m'ont même appris à dire pardon quand je bousculais les gens...
    - Les petites vieilles qui viennent toujours par deux, l'une pour l'ouïe, l'une pour la vue et qui ne peuvent pas s'empêcher de commenter le film, quand elles arrivent à l'entendre.
    - Les morfales. Et je ne parle pas de monsieur pop corn qui fait du bruit en mâchant parce que je sais bien que sur ce point là, c'est moi qui suis pénible à vouloir un silence total, non, je parle de monsieur je viens avec mon McDo ou mon sandwich fait maison, dans du papier alu ou encore mon gentil paquet de bonbons, chacun enveloppé d'un adorable petit papier qu'on essaye de défaire doucement parce qu'on sait que c'est bruyant et qu'on ne veut pas déranger alors on met dix minutes à l'ouvrir et une fois fait, on se dit qu'on aimerait bien en manger un deuxième et là, une seule envie, hurler : "mais ouvre le d'un coup ton putain de bonbon !"
    - La racaille qui vient obligatoirement avec tous ses potes et, supériorité numérique oblige, se croit tout de suite à la maison, enlève ses pompes mais garde sa casquette (toujours se méfier des cheveux qui pue !), se marre comme une dinde quand un type se fait égorger et n'hésite pas à manifester son contentement quand une fille montre sa cuisse, youhou ! c'est la fête du slip dans les hormones, autant faire en profiter tout le monde.
    - L'accroc du portable qui, non seulement oublie de l'éteindre (ça peut arriver même si le morpion est passé avant pour dire de l'éteindre), mais y répond quand il sonne. Tout ça pour dire : "je peux pas te parler, je suis au ciné" d'où l'intérêt de décrocher, espérons qu'il ne fait pas la même chose quand il est au lit avec sa moitié...
    Mais il reste encore une catégorie qui jusque là m'avait complètement échappé : le demeuré. Merci donc à Molière de m'avoir permis de rencontrer mon chaînon manquant. 
    Le demeuré rit fort, très fort, si fort que c'est lui qui vous donne envie de rire. La première fois en tout cas. Parce que le demeuré rit souvent, même quand ce n'est pas drôle et parfois même quand des gens meurent, et là, forcément, c'est moins amusant. Pour vous, bien sûr, parce que lui, visiblement, tout l'amuse. Mais le demeuré ne fait pas que rire comme un troupeau d'orang-outans, le demeuré parle. Seul. Il pourrait alors faire de pertinents commentaires mais non, le demeuré est, comme son nom l'indique, un demeuré. Et il aime énoncer tout haut ce que tout le monde voit à l'écran : "ah ! l'escroc ! il va chercher à l'arnaquer !" ou "ah ! ça va lui donner une idée de pièce !", et chacun de prendre sur soi pour éviter de crier "ah ! moi ça me donne une envie de meurtre !". Parce que le demeuré a une qualité, il vous apprend à être zen. Peu importe qu'il vous empêche de rentrer dans le film, de comprendre certaines répliques ou qu'il ruine la tension dramatique, le demeuré fait de vous un bouddha en puissance. Et lorsqu'il hurle un "ah ! Molière !", vos chakras sont tellement ouverts que vous pouvez entendre au loin les gong tibétains. A moins que ce ne soit les pas précipités d'une inconnue qui entre dans la salle en cherchant quelqu'un qu'elle ne se gêne pas pour appeler tout fort avant de repartir, déçue que personne n'ait répondu. Vous apprenez alors votre deuxième leçon : le demeuré attire les demeurés, suivie dans la foulée d'une troisième : ne jamais, jamais sortir sans une bonne pelle.
    February 19

    Transcontinental Airlines présente...

    The Good German
    Réalisé par Steven Soderbergh / Scénario de Paul Attanasio d'après le roman de Joseph Kanon
    Avec : George Clooney, Cate Blanchett, Tobey Maguire, Leland Orser, Beau Bridges, Christian Oliver
    Berlin, 1945. Jake Geismer, correspondant de guerre et ancien directeur de presse, est de retour en Allemagne pour couvrir la conférence de Postdam. Il retrouve Lena, une ancienne maîtresse, qui subit sans rien dire les coups de son nouvel amant, le caporal Tully, petit trafiquant minable. Lorsque Tully est retrouvé mort en secteur russe et que l'affaire est mystérieusement classée, Jake décide de découvrir la vérité et ce faisant comprendre comment Lena a pu en arriver là.
    S'il existait un palmarès des films longs et chiants, nul doute que The Good German y trouverait sa place. Soderberg, dans un désir évident d'expérimenter toujours plus, se lance dans un film noir à l'ancienne, hommage à Casablanca, en en reprenant tous les codes de l'image en noir et blanc à ses effets d'ombres et de lumières. Mais si la recette pouvait prendre 50 ans plus tôt, le résultat manque ici singulièrement de saveur. Tout occupé à son exercice de style, Soderbergh oublie qu'un film noir est avant tout une histoire de tension et d'émotion et si ses acteurs ne sont pas à blâmer, il n'en demeure pas moins qu'ils peinent à trouver leurs marques dans une intrigue confuse et finalement sans grand intérêt. Un film mort de sa première à sa dernière image.

    Molière
    Réalisé par Laurent Tirard / Scénario de Laurent Tirard et Grégoire Vigneron
    Avec : Romain Duris, Fabrice Luchini, Laura Morante, Edouard Baer, Ludivine Sagnier, Fanny Valette
    Paris, 1644. Molière, jeune auteur indéniablement doué pour la farce mais très mauvais en tragédie, persévère coûte que coûte dans une voie qui ne lui réussit guère. Criblé de dettes, il est jeté dans une cellule dans laquelle il aurait très bien pu moisir si un homme ne l'en avait sorti. Mais la liberté a un prix, en échange du paiement de sa dette, Molière devra permettre à son bienfaiteur, monsieur Jourdain, de conquérir, par la plume, le coeur d'une marquise sans éveiller les soupçons de l'épouse légitime.
    Avec fraîcheur et originalité, Tirard se lance dans une aventure rocambolesque qui ne manque ni de tendresse ni d'humour. En peuplant son univers des personnages que Molière couchera des années plus tard sur papier, Tirard tire profit de situations pétillantes, renvoyant le spectateur à ses classiques dans d'habiles clins d'oeil. Duris campe un Molière qui ne manque pas de panache, amant fougueux et auteur fébrile, face à une galerie truculente de personnages servis par des acteurs qui s'amusent autant que le spectateur rit. Un divertissement énergique, loin des carcans scolaires, qui réussit avec intelligence à mêler culture et comédie. Savoureux.

    Blood Diamond
    Réalisé par Edward Zwick / Scénario de Charles Leavitt
    Avec : Leonardo DiCaprio, Jennifer Connelly, Djimon Hounsou
    Sierra Leone, 1999. Le pays est en pleine guerre civile. Au milieu de ce bourbier sanglant, Archer, mercenaire porté sur les diamants, rencontre Solomon Vandy, pêcheur séparé des siens à qui le front révolutionnaire a enlever son fils pour l'embrigader comme soldat. Si Solomon l'aide à mettre la main sur un diamant rose enfoui par le pêcheur, Archer lui promet de retrouver son gamin. Accompagnés d'une journaliste idéaliste, les deux hommes se lancent en territoire rebelle.
    En alliant la force de l'image, très hollywoodienne, et un discours politique engagé, Zwick crée un film coup de poing qui ne laisse pas indifférent. Malgré quelques longueurs, Blood Diamond tire le meilleur parti des films d'actions avec des scènes de guerre souvent bluffantes tout en donnant à ses personnages suffisamment d'épaisseur et d'émotions. DiCaprio, véritable tête brûlée en quête d'une seconde chance, se heurte à un Djimon Hounsou saisissant en père prêt à tout pour récupérer son fils. Un récit personnel qui donne plus de consistance à la dénonciation d'un trafic de complaisance qui a plongé tout un pays dans le chaos. Les images chocs, à la limite du documentaire de guerre, se mêlent aux péripéties épique d'un film d'aventures. Zwick réussit le pari d'un spectacle avec une conscience. Et bon sang que c'est bon !
    February 16

    Les Gniards - Episode 8

    Episode 8 : Pas de vacances pour les Gniards

    C'est le compte à rebours final, tu tu tu tu tu, tu tu tu tu tu tu tu. La fin du monde est en marche. Elle s'est levée un matin et elle s'est dit : "Tiens, c'est le moment" et hop ! elle a enfilé ses petites chaussures et elle est partie. Comme ça, sans prévenir. Alors, forcément, personne n'a rien vu venir et aujourd'hui la Terre vit ses derniers instants. C'est ballot. Mais peut-être que les Gniards, nommés sauveurs de la planète selon la Prophétie du 15 novembre dernier, page 3, colonne de gauche, pourront tenter quelque chose. Rien n'est moins sûr cependant. Pris dans leurs querelles stomacales, trachéales, intestinales... enfin, bref, leurs querelles de l'intérieur, les Gniards ont perdu de vue leur mission. C'est que c'est compliqué de s'y retrouver avec tous ces gens qui font n'importe quoi pour des motifs étranges. Il y a les gentils qui veulent rassembler les Gniards pour sauver le monde par pur altruisme parce que les gentils, c'est gentil. Il y a les méchants qui veulent rassembler les Gniards pour monnayer le sauvetage du monde par pure vénalité parce que les méchants, c'est méchant. Et il y a aussi un truc bizarre en capuche qui semble plus intéressé par mettre la pagaille que par le sort du monde. Mais il a une excuse, il est bizarre. Quoi qu'il en soit, maintenant que cette lamentable saga touche pratiquement à sa fin, les Gniards prennent enfin conscience de leur rôle et s'apprêtent à joindre leurs pouvoirs pour empêcher la Terre de faire boum. Encore faudrait-il qu'ils s'entendent...

    Dans la maison aux murs anthracites des Soeurs Sourire, on met la touche finale au plan de conquête du monde. Sarkopette, penchée sur une feuille de papier, termine d'écrire en s'appliquant, la langue tirée.
    - Big kisses. Signé les Soeurs Sourire.
    - Tu peux pas mettre 'Big kisses'. C'est une lettre de rançon ! grogne Katana. On demande aux chefs des nations de nous filer les clés de leurs pays en échange de la survie du monde, c'est pas une lettre au père Noël !
    - Ca n'empêche pas d'être polie ! Si tu râlais moins, tu saurais qu'on obtient jamais rien des autres en leur hurlant dessus et en se montrant désagréable.
    - Pour ce que j'attends des autres ! Tu peux te les garders tes leçons de savoir-vivre ! Je te rappelle que t'essayes de te curer le nez avec ton moignon, c'est répugnant ! Tiens, en parlant de bouffe, je me demande ce que Coquille nous a fait ? (en hurlant) Eh ! La grosse ! Il y a quoi à grailler ce midi ?
    Pas de réponse. Sarkopette se tourne vers sa soeur.
    - Tu trouves pas qu'elle est bizarre en ce moment ?
    - Non, elle chouine autant que d'habitude. Et puis tu m'agaces avec tes questions, j'ai autre chose à faire que de m'occuper des autres. je suis Katana Sourire, je me suffis à moi-même !
    - C'est une façon déguisée de se moquer de mon moignon parce que je suis obligée de demander de l'aide quand je veux couper ma viande ?
    Katana a levé les yeux au ciel, exaspérée. Est-elle donc la seule dans cette famille à avoir un cerveau ?
    - Oh ! Coq' ! Je t'appelle ! Tu crois que ça m'amuse de hurler comme ça ?!
    - Ben, quand même, à force, c'est ce que tout le monde se dit...
    Rocco vient interrompre les deux soeurs
    - Excusez-moi mais je crois qu'elle n'est pas là.
    - T'es qui, toi ? aboie Katana
    - La fille qui se tape le Gniard qui ressemble à un garçon mais qui en fait est une fille, répond Sarkopette. C'est un sous-fifre de Steaky.
    - T'es la Coquille du camp adverse, alors... Elle est où notre débile de soeur ?
    Rocco n'aime pas beaucoup quand on lui crie dessus, après elle se dandine comme la première Odette Toulemonde venue et elle a l'air d'une courge.
    - Elle est partie avec son chat mais elle a laissé un mot pour vous. Ca dit : "allez voir ailleurs grosses vilaines pas belles, vous êtes que des méchantes qui font rien qu'à m'embêter."
    - Elle a viré goliotte ? demande Sarkopette, interloquée par la mièvrerie des mots de sa soeur.
    - Non, j'ai changé les mots pour éviter la censure.
    - Pas grave, sourit Katana d'un air mauvais, laisse la bouder dans son coin. Tu la connais, elle va se murger la tête, se faire un mec qu'elle connaît à peine, elle pleurera un bon coup parce qu'elle réalisera qu'elle n'est qu'une sombre bouse et elle rentrera.
    - Vous manquez de compassion envers votre soeur, intervient Rocco d'une voix monocorde. C'est une gentille fille qui a de gros problèmes relationnels avec les hommes, c'est pas de sa faute.
    - T'as mangé un scénariste de 7 à la maison pour sortir des idioties pareilles ?
    - Non, c'est ce que Coquille a écrit en PS au bas de sa lettre : "phrase à dire à mes soeurs quand elles me traiteront de pauvre fille."
    - Tant pis pour Coquille, on conquerra le monde sans elle, s'énerve Katana. Tiens, sous-fifre, va me chercher les Gniards. C'est l'heure de passer à l'action.
    - Ils sont partis aussi. Même que Noodle n'a pas voulu que je le suive. Trop boulet, qu'elle a dit. Vous croyez qu'il me trouve trop grosse ?
    Katana fulmine.
    - Comment ça "parti" ? C'est quoi cette baraque dont tout le monde se casse sans prévenir ?
    - Je t'avais dit que t'étais trop désagréable.
    - Toi, la lépreuse, écrase ! Comment on va asservir l'humanité si on a plus de Gniards ?
    - Et surtout, qu'est-ce qu'on va bouffer si Coquille n'est plus là !

    * * * * *
    Introduisons ici une petite parenthèse ().
    Si je fais une pause dans ce récit palpitant, vous en conviendrez, c'est qu'il me faut apporter quelques éclaircissements à une intrigue inutilement confuse. Peut-être vous souvenez vous que plus ou moins chacun des personnages a des secrets plus ou moins bien cachés et plus ou moins découverts par d'autres personnages plus ou moins cachés. Promis, je n'emploierai plus l'expression "plus ou moins". Afin de faciliter la compréhension de cet épisode et celle des épisodes à venir, à savoir le 9 et le 10, je vais lever le voile, hopla, sur les quelques mystères que contient cette navrante histoire.
    Secret n°1 : Qui est l'Ombre ? Réponse : Non, pas cette question, une autre.
    Secret n°2 : Qu'est-ce qu'elle veut ? Réponse : Non, pas celle-là non plus, une autre.
    Secret n°3 : Qu'a-t-elle promis à Noodle et Matiche en échange de la vie d'un Gniard ? Réponse : Ca, c'est facile, il suffit de lire la scène suivante.
    Secret n°4 : Laquelle des trois soeurs Sourire entretenait une liaison avec feue la Prophète Clarabelle ? Réponse : Demandez à Lulu.
    Secret n°5 : Steakarella a-t-elle réellement des culottes Snoopy ? Réponse : C'est tellement mieux que des culottes jour de la semaine.
    Secret n°6 : Que va faire Coquille de sa découverte de l'épisode précédent, à savoir que Double G est un Gniard fourbe qui couche avec l'Ombre, a détruit un continent et espère doubler son partenaire de chambrée, bon sang ce que cette question est longue ? Réponse : A force de pleurer, Coquille a développé une otite et n'a absolument rien entendu. Ceci est un des rebondissements les plus calamiteux de toute l'histoire des rebondissements. Et non, cette saga n'est pas sponsorisée par J.J. Abrams.
    Secret n°7 : Pourquoi est-ce que l'auteur continue cette histoire pourtant très mauvaise ? Réponse : L'auteur parle de lui à la troisième personne, vous pensez sérieusement qu'il peut s'arrêter ?

    * * * * *
    Au QG de la Prophète Clarabelle, malencontreusement décédée l'épisode précédent parce que Steakarella l'a légèrement tuée à coups de poings, la Messagère se demande comment annoncer la nouvelle à ses Gniards, comprenez ici Matiche et Gikou et non Berthe et Gisèle, Steakarella ne parle pas encore à ses seins, merci pour elle. Ce qu'elle ignore c'est que les garçons sont déjà partis. Oh, pas bien loin. Ni l'un ni l'autre n'ayant leur permis, ils ont eu tôt fait de rebrousser chemin passé le coin de la rue, Matiche ayant eu une soudaine envie de blanquette de veau. Assis sur les marches du perron, Soda Pêche attend bien sagement qu'on vienne lui ouvrir, ce qui serait certainement plus simple s'il frappait mais sait-on jamais, Matiche pourrait lui ouvrir et il ne sait pas très bien comment se comporter face à celui qui l'a tant fait souffrir mais qu'il ne peut s'empêcher d'aimer. Comme c'est bête parfois un garçon amoureux. Face à lui, adossée contre un gros arbre, la cigarette aux lèvres, Noodle regarde des fourmis lui grimper sur les chaussures en se demandant combien de temps encore le demeuré va mettre avant de sonner à la porte.
    - Oh ! Bonjour Soda Pêche, murmure Matiche d'un air gêné en apercevant son ancien amant.
    - Bonjour Matiche, bredouille Soda Pêche en évitant de le regarder dans les yeux.
    - C'est toi, Soda Pêche ? C'est marrant, t'as la même tête qu'un de mes ex ! remarque Gikou
    - Oui, c'est trop fendard. Ah, ah, ah, quelle grosse marrade ! On peut passer à autre chose ? râle Noodle
    - Vous aussi vous l'avez vu ? demande Gikou
    - Oui, même qu'il avait un gros bonnet rouge et une hotte mais en fait je l'ai vu que de dos dans le noir parce que j'étais caché derrière le canapé mais maman m'a juré que c'était lui ! fait Soda Pêche en hochant frénétiquement la tête.
    - Eh, Oui-Oui, on parle de la disparition d'un continent, pas de ton père en travesti pour de la propagande mercantile américaine, s'insurge Noodle. Et au lieu de bouffer des yeux le type qui t'a jeté comme un vieux kleenex, tu ferais mieux de lui rentrer dans le lard. Mais je suppose que c'est ton double qui a hérité de la paire de...
    - Noodle, l'interrompt promptement Gikou, tu es vraiment très agressive. Si tu continues, tu finiras comme Katana.
    - Toi, la ballerine, on t'a pas sonné. De toutes façons, je m'en fous, je peux me débrouiller sans vous.
    Steakarella a brusquement ouvert la porte d'entrée, heurtant Soda Pêche qui trébuche dans les bras de Matiche. Tous deux très embarrassés, les deux jeune garçons s'écartent rapidement l'un de l'autre sans se regarder.
    - Ben qu'est-ce que vous fichez là ? Il y a des salles chauffées à l'intérieur, rentrez ! Tiens, Stu-Pot, Piquette Kiwi, c'est gentil de revenir nous voir.
    - C'est Noodle, et je t'emmerde, la grosse !
    - Bonjour, madame Steakarella la Messagère, s'excuse Soda Pêche, pardon d'être parti sans dire au-revoir, je suis désolé, je ne recommencerai plus, surtout que j'ai été maltraité, battu, torturé et j'ai beaucoup pleuré et j'ai eu très peur et...
    - Oui, c'est bon Cosette, tu vas pas nous raconter ta vie pendant trois plombes.
    Une fois tout le monde installé, c'est-à-dire Matiche coincé sur le canapé entre Gikou et Soda Pêche et Noodle a l'écart parce que la proximité avec les gens, ça craint, Steakarella peut enfin annoncer la mort de la Prophète.
    - Bon, les gars, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Clarabelle est morte. Ce qui veut dire que plus personne ne vous pelotera les fesses.
    - Il y a qu'à toi qu'elle pelotait les fesses, fait remarquer Noodle, j'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi.
    - Et la mauvaise ?
    - Clarabelle est morte et elle était la seule à savoir comment utiliser vos pouvoirs pour sauver le monde.
    - Techniquement tu n'avais qu'une seule nouvelle à annoncer alors.
    - Techniquement, Matiche, tu es très agaçant mais oui, c'est ça.
    - Et ça ne vous est pas venu à l'esprit que le moment était peut-être mal choisi pour la tuer ? demande Gikou
    - Oh, ça va, je l'ai pas fait exprès ! Ca arrive à tout le monde de buter quelqu'un par accident.
    - Et en attendant, on fait quoi ? On parie sur le prochain continent qui disparaît de la carte ? ironise Matiche qui a décidément la langue bien pendue.
    - L'Atlantide, murmure Soda Pêche l'air grave en hochant la tête.
    - Mais ça existe même pas, abruti ! lui répond Noodle
    - Ils en ont fait un Disney, c'est obligé d'être vrai !
    - Tu es une mise à l'épreuve de mon Dieu personnel, je ne vois pas d'autre raison à ton existence.
    - Ou alors on pourrait demander de l'aide aux soeurs Souris, suggère Soda Pêche
    - SouriRE, articule Steakarella. Les soeurs Sourire comme dans rire mais sans bruit de gorge.
    - Ah ! C'est donc ça leur vrai nom ! Je me disais aussi qu'à part Coquille, elles couinaient pas beaucoup.
    - Parce que tu trouves qu'elles sourient davantage ? demande Noodle
    - De toutes façons, fait remarquer Steakarella, il est hors de question de demander quoi que ce soit à ces malfrates.
    - Je ne crois pas que ce soit correct, précise Matiche mais vous pouvez utiliser "scélérates".
    - Est-il utile que je rappelle que le sort du monde est en jeu et qu'il serait temps de se concentrer sur une véritable solution ? intervient Gikou.
    - T'en as pas marre d'être sérieux tout le temps ? lui demande alors Matiche. T'es sinistre à force. Décoince toi un peu. Envoie toi en l'air.
    - Pour ce que ça t'a réussi !
    - Tiens, puisque vous abordez le sujet, intervient Noodle, non que ça m'intéresse mais juste histoire de vous voir vous crêper le chignon, entre le mioche qui chouine même quand il chante et le lèche-botte avec sa coupe de premier de la classe, c'est qui le meilleur coup ?
    - J'ai jamais couché avec Matiche !
    - Eh oh, ça va, Gikou, il y a pire comme expérience. Demande à Soda Pêche. Dis-lui que c'était bien.
    - Avant ou après que tu m'aies humilié et que tu m'aies jeté ?
    - Mais t'as pas compris que je faisais ça pour te protéger ? Parce que tu es trop petit, trop fragile pour cette vie là. Parce que je t'aimais bien et que je ne voulais pas que tu sois celui qui meurt !
    - Parce que si c'est moi qui y reste, ça te gêne pas ? demande Gikou, abasourdi
    - Vous me gonflez ! J'aurais du rester vierge, mon horoscope me l'avait dit ! Le sexe, c'est nul !
    - On peut revenir à la partie où quelqu'un doit mourir ? Parce que je serais curieuse de savoir comment tu sais ça, demande Steakarella.
    - C'est l'Ombre qui lui a dit.
    Noodle a jeté cette phrase comme une évidence. Tout le monde s'est tourné vers elle.
    - Il y en a qui ont fait des séjours en HP pour moins que ça.
    - Tu connais l'Ombre ? demande Matiche, les sourcils froncés.
    Steakarella se met à rire parce que ça fait longtemps qu'elle n'a pas rit et quand elle ne rit pas pendant un moment, ça lui manque.
    - Oui, moi aussi je la connais. D'ailleurs, elle me suit tout le temps, c'est super pénible. Va t'en, vilaine, tu crois que je te vois pas planquée sur le sol dans mes pattes ? Mache !
    - Z'êtes lourde, fait remarquer Matiche. A qui d'autre est-ce qu'elle est apparue ? Qu'est-ce qu'elle vous a demandé ? De tuer l'un d'entre nous ? Qu'est-ce qu'elle vous a promis ?
    - Si tu veux, on peut te laisser. Tu te fais l'épisode entier tout seul en posant les questions et les réponses.
    - Oh oui ! s'enthousiasme Soda Pêche, ce serait tellement drôle. Tu pourrais faire des voix, tu sais, comme quand tu fais Mickey en disant "allez, Pluto !"
    Noodle, qui a pris sur elle de ne plus jamais écouter Soda Pêche, plonge son regard dans celui de Matiche.
    - L'Ombre m'a dit que si j'éliminais l'un des quatre autres Gniards, le monde deviendrait un havre de paix où chacun serait enfin dôté de la capacité de comprendre et de s'interroger sur l'univers qui l'entoure. Et même qu'on pourrait faire des jeux de rôles Avatar.
    - La paix dans le monde ? Comme c'est bidon comme souhait ! Tu postules pour être Miss France ou quoi ?
    - Parce que t'a demandé quelque chose de plus intelligent peut-être ?
    - Euh... juste un mec que j'aime et qui m'aime.
    Steakarella est atterrée.
    - Bon sang, les filles, vous êtes pitoyables. Vous pensiez vraiment qu'en tuant quelqu'un, vos voeux allaient s'exaucer ? La paix et l'amour par le meurtre ? Mais dans quel monde vous vivez ? Vous êtes texans ou quoi ? Si j'avais pas prévu de vivre encore 138 ans, je laisserais bien le monde sombrer dans le chaos en vous abandonnant à votre sort tous les cinq.
    - D'ailleurs à ce propos, est-ce que quelqu'un sait où se trouve le dernier Gniard ?
    Mais la question de Gikou reste sans réponse. Noodle vient d'envoyer son poing dans la figure de Matiche qui percute Steakarella, très occupée à hurler sur tout le monde parce que ce n'est pas humainement possible d'être aussi demeurés et Soda Pêche, effrayé par tout ce bruit et cette agitation, s'est réfugié dans sa tête pour y chanter du Mika. Mais pas du Sandi Thom, parce que Sandi Thom est une dinde.

    * * * * *
    - Alors, comme ça, on voulait s'enfuir ? Tu pensais que je ne t'avais pas vue, cachée sous mon lit, Miss Dépressive ?
    Double G, à quelques pâtés de maison de là, tient fermement Coquille par le poignet.
    - Mais je te jure que je ne sais pas de quoi tu parles, laisse-moi partir, tu me fais mal.
    - Je ne prendrai pas le risque que tu fasses capoter mon plan? Je dois me venger, c'est un impératif.
    - Ca ressemble plus à du présent pour moi mais comme tu me fais super mal, je te laisse avoir tes propres règles...
    Double G l'a giflée pour la faire taire. D'un bond, Lulu a surgi du sac à dos de Coquille et s'est jeté sur l'agresseur de sa maîtresse, les griffes en avant. D'un geste brutal, Double G envoie la pauvre petite chatte contre le mur où elle s'écrase dans un bruit atroce.
    - LULU !!
    - Ce qu'il y a de pénible avec les filles quand on les brutalise, c'est qu'elles se mettent toujours à brailler.
    Double G empoigne alors Coquille et lui écrase violemment la tête contre les briques.
    - Ouh ! Ca t'enlaidit vachement le nez cassé. T'as bien fait de jamais faire de boxe.
    - Mais pourquoi tu fais ça ? Tu es un Gniard, gémit Coquille en pleurant, le visage en sang. Tu dois sauver le monde !
    - C'est prévu ma tout laide, tu ne seras juste plus là pour en profiter.
    Prenant son élan, Double G assène un grand coup de pied dans les côtes de Coquille qui hurle de douleur. Devant le corps recroquevillé de la jeune femme, Double G sourit, de son si magnifique et adorable sourire. Une larme roule sur la joue tuméfiée de Coquille. Et alors que le jeune homme s'éloigne, Coquille perd connaissance.

    * * * * *
    J'entends bien vos plaintes face à cette nouvelle scène de violence. Sachez, si cela peut vous rassurer, qu'elle a été exécutée par de véritables professionnels. N'essayez pas de la refaire chez vous, vous risqueriez de vous faire très mal. Je dis ça surtout au cas où vous envisageriez d'utiliser votre nouveau-né dans le rôle de Lulu. Parce que 9 mois pour en avoir un autre, c'est long. Ceci étant dit, vous aurez constaté par vous-même que l'épisode était terminé, ce qui veut dire que vous êtes libre de déposer vos remarques, vos suggestions, vos compliments et même vos récriminations dans la partie commentaire qui se situe juste en dessous de ce billet. Je les lis avec beaucoup d'attention même s'il est bien évident que je n'en tiens absolument pas compte (cf réponse au secret n°7). Mais comme je le dis à chaque fois, vous n'étiez pas obligé de me lire. Je ne suis qu'un Gniard après tout et comme chacun le sait, les Gniards, quoi que vous fassiez, ça chouine.
    February 13

    Résultats de la 4ème Election du Beau Mec du Lundi

    J'ai attendu en espérant un dernier vote salutaire mais non, rien, vous m'avez laissé dans la panade. C'était pourtant pas compliqué de tomber d'accord sur trois beaux mecs ? Non, il a fallu que chacun choisisse le sien et tant pis si le pauvre Nico est incapable d'établir un podium. Bande d'ingrats ! Alors que ça fait des mois et des mois que je vous propose de nouveaux hommes quasiment toutes les semaines. Comment je fais maintenant avec 5 candidats ex aequo ? Parce que j'avais bien un vainqueur mais on m'a reproché de l'avoir choisi en fonction des votes déjà émis donc j'ai annulé mon vote, ce qui ne m'arrange pas du tout. D'ordinaire j'aime bien vous caresser dans le sens du poil parce que j'ai un camembert à remplir mais là, je tenais à vous le dire : je vous déteste ! Donc puisqu'il n'y a que trois places à pourvoir, je décide de façon très arbitraire de trancher. Selon un seul et unique critère : mon envie du jour. Oui, je sais, c'est déloyal, c'est contraire à tous les principes démocratiques mais eh ! ici on est chez moi, et aujourd'hui je suis d'humeur dictatoriale.
     
    Quatrième Election du Beau Mec du Lundi
     
    Numéro 3 (13%)
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    Topher Grace
    (oui Topher tire la tronche, mais faut le comprendre, il aurait tout aussi bien pu être 2ème voire 1er mais j'avais pas envie)

    Numéro 2 (14%)
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    Rupert Penry-Jones
    (j'entends déjà les plaintes : "mais c'est quoi cette photo ?", je trouve qu'elle traduit bien mon état d'esprit en ce moment, quelqu'un à quelque chose à redire ? hein ? non ? c'est bien)

    Numéro 1 (15%)
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    Eric Dane
    (c'est plus fort que moi, j'aime les types virils avec du poil sur la figure) 
     
    Bon, je ne vous en tiens pas rigueur mais quand même, je tenais à dire que ça n'a pas été simple. Et qu'on ne vienne pas me dire que les élections ont été truquées, chacun des gars au-dessus a eu le même nombre de voix. Je les ai juste départagés. Du coup, pour la prochaine élection, je modifierai les règles de manière à ne plus me retrouver dans cette situation. Parce que c'est pas drôle d'être un despote chez soi, après vous allez râler, déjà que certains le font tout le temps, vous allez couiner, j'en connais dont c'est la spécialité et vous allez être désagréables. Oui, vous, je vous connais, vous vous dites "on est chez Nico, on peut se permettre". Et bien non ! Qui c'est le chef, ici ? Non, mais ! Dommage que j'aime pas le kaki, je me serais bien vu à la tête d'une armée de guerilleros...
    February 11

    Enfant bouilli et Dinde farcie

    Hannibal Lecter : les origines du mal
    Réalisé par Peter Webber / Scénario de Thomas Harris d'après son oeuvre
    Avec : Gaspard Ulliel, Gong Li, Dominic West, Rhys Ifans
    Retracer le parcours cinématographique de Hannibal Lecter n'est pas de tout repos. Depuis 1981 et la première adaptation de Dragon Rouge à l'écran, Hannibal le cannibale, a fait son chemin. Et aujourd'hui, 25 ans après, Peter Webber nous offre les clés de l'esprit torturé du monstre gentleman en nous entraînant sur les traces d'un gamin traumatisé par le meurtre sauvage de sa petite soeur, dévorée par des renégats nazis. Sur le papier, rien à redire, le personnage est suffisamment fascinant de complexité pour justifier une plongée dans ses souvenirs d'enfance. A l'écran, le résultat est fort mitigé. Manque d'envergure, d'originalité, de panache, la réalisation de Webber peine à trouver son rythme et enlise le film dans une succession de scènes pas toujours très inspirées. Du côté du scénario, l'intérêt se fait décrescendo, la chasse à l'homme menée par Lecter pour retrouver les assassins de sa soeur n'étant finalement qu'une excuse pour justifier les séances de torture et de violence qui affadissent le personnage plus qu'elles ne l'éclairent. L'approche psychologique manque cruellement de finesse et d'ambigüité. Mais la plus grosse faille réside dans le personnage de Gong Li, Dame Murasaki, japonaise maîtresse en arts martiaux qui possède un costume de samouraï dans la cave de son château français et dont on ne sait jamais très bien ce qu'elle pense ou ce qu'elle ressent, les scénaristes et Gonq Li faisant le strict minimum. La bonne surprise, en revanche, se situe du côté de Gaspard Ulliel, très convaincant jusque dans ses gestes, qui ne sont pas sans rappeler ceux d'Anthony Hopkins. Au final, le film est décevant, comme l'ont pu être le Hannibal de Ridley Scott et Le Dragon Rouge de Brett Ratner. Dommage que la saga ne se soit pas arrêtée après Le Silence des Agneaux.

    Odette Toulemonde
    Ecrit et Réalisé par Eric-Emmanuel Schmidt
    Avec : Catherine Frot, Albert Dupontel, Fabrice Murgia, Nina Drecq, Alain Doutey, Jacques Weber
    Un auteur au bout du rouleau rencontre une des ses lectrices, petite vendeuse optimiste qui doit son amour de la vie aux livres de son auteur fétiche. Voilà pour le pitch. Avec le même, Stephen King a fait Misery, Eric-Emmanuel Schmidt, lui, fait Odette. Et franchement, il aurait mieux fait de s'abstenir. Rarement un film aura été aussi péniblement soupe-au-lait. De l'intrigue aux personnages, tout, absolument tout n'est qu'un ramassis de niaiseries. Odette passe de la Mary Poppins pimpante à l'incarnation même de la dinde stupide qui énonce des vérités sur le bonheur et l'amour toutes plus creuses les unes que les autres. Et si Catherine Frot excelle dans son rôle de bécasse sans cervelle mais avec un coeur, le reste du casting laisse plutôt à désirer, certains cumulant à la fois la disgrâce physique au manque évident de talent. De poncifs sur le statut d'écrivain populaire aux clichés sur le bonheur des petites gens, Eric-Emmanuel Schmidt ne nous épargne rien. Odette est un film qui se veut fantaisiste et joyeux, ce n'est qu'une compilation condescendante de clichés insupportables.
    February 10

    Séance de rattrapage

    Le Serpent
    Réalisé par Eric Barbier / Scénario de E. Barbier, Trân Minh Nâm et Marie Eynard
    Avec : Yvan Attal, Clovis Cornillac, Pierre Richard, Minna Haapkyla
    Un homme en pleine procédure de divorce d'avec une femme laide et aigrie se retrouve la cible d'un énorme coup monté avec viol, chantage et meurtre à la clé, le tout orchestré par un ancien légionnaire qui aime beaucoup sa maman morte et qui cherche coûte que coûte à se venger. Un scénario de thriller plutôt classique donc pour un film qui l'est tout autant. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas bon. Même si Yvan Attal vieillit mal, il s'en sort plutôt bien. Face à lui un Clovis Cornillac effrayant en psychopathe qui pousse des cris de goret et un Pierre Richard métamorphosé en vieillard lâche et infidèle. L'atmosphère est sombre, comme l'exige le genre, on tue, on séquestre, on menace et le pauvre Yvan cherche à prouver son innocence avec obstination. Pour un thriller français, c'est au-dessus de la moyenne, pour un thriller tout court, c'est du déjà vu.

    Bobby
    Ecrit et Réalisé par Emilio Estevez
    Avec : Anthony Hopkins, William H. Macy, Sharon Stone, Christian Slater, Elijah Wood, Lindsay Lohan, Demi Moore, Emilio Estevez, Martin Sheen, Helen Hunt, Heather Graham, Ashton Kutcher, Joshua Jackson, Harry Belafonte, Nick Cannon, Freddy Rodriguez, Lawrence Fishburne, Jacob Vargas...
    4 juin 1968, le sénateur Robert Kennedy, candidat aux présidentielles, se fait tirer dessus dans les cuisines de l'Hôtel Ambassador. Pendant plus de 2 heures, Emilio Estevez nous raconte cette journée du 4 juin. Pas du point de vue de Bobby, ni de celui de son agresseur mais de celui des clients de l'hôtel, des employés de cuisine, des volontaires de campagne... Le premier tour de force de Bobby c'est son casting, impressionnant, qui offre de très jolis moments (le couple Sheen/Hunt, le face à face entre Sharon et Demi ou encore Elijah Wood et Lindsay Lohan, très touchants). Vient ensuite un scénario intelligemment construit qui croise les plans cinématographiques aux images d'archives. En s'appuyant sur les discours de RFK, Estevez fait revivre une Amérique qui rêve encore d'égalité sociale, de justice et de paix. Mais dans son désir, sincère, de nous faire partager l'idéalisme de Kennedy et de ses partisans démocrates, Estevez s'oublie un peu. La caméra traîne, le rythme manque de panache et le trop plein de personnages finit par nous couper de certains d'entre eux. Reste un film politique à la nostalgie contagieuse dont le final, brutal et amer, éclaire le propos.

    Jacquou le Croquant
    Ecrit et Réalisé par Laurent Boutonnat d'après le roman de Eugène Leroy
    Avec : Gaspard Ulliel, Jocelyn Quivrin, Malik Zidi, Gérald Thomassin, Judith Davis, Bojana Panic, Tchéky Karyo, Olivier Gourmet, Marie-Josée Croze, Albert Dupontel, Léo Legrand
    Jacquou c'est l'histoire d'un gosse qui a pas de bol. D'abord parce qu'il est sale, mais c'est pas de sa faute il est pauvre, ensuite parce que son chien meurt, son père meurt, sa mère meurt et il doit manger des bougies. Puis Jacquou devient grand mais continue à se faire appeler Jacquou parce qu'il aime bien être ridicule, surtout dans ses sabots et, comme il l'a promis à maman peu de temps avant qu'elle se chope la crève et qu'elle y reste, il vengera la mort de papa, exécuté par la faute du très vilain comte Jocelyn à rouflaquettes.
    On passe donc sur le scénario, limpide et sans saveur, pour se concentrer sur les acteurs et la réalisation. De ce côté là, Boutonnat, virtuose des plus grands clips de Mylène Farmer, ne lésine pas. Les paysages sont grandioses, la tension habilement exploitée notamment dans une incroyable scène de bourrée, le tout avec un réel sens de l'esthétisme. Mais le film est long, trop long. Un peu à l'image des clips de Mylène qui dure 12 minutes 15. Boutonnat ne sait pas quand s'arrêter et même si Léo Legrand est très attendrissant, la première partie s'éternise grandement. Mais alors qu'il se transforme en Gaspard Ulliel, jolies fesses au passage, et qu'on se dit qu'enfin le film va trouver son rythme, la stupide petite Galliote prend les traits de Bojana Panic qui est certes très jolie mais qui est aussi mauvaise qu'une élève de la Star Ac dans Sous le soleil. On en viendrait presque à regretter qu'elle ne se soit pas faite bouffer par les cochons féroces. Au final, Jacquou est un spectacle d'aventures honnête, un film épique qui souffre malheureusement de beaucoup trop de longueurs et d'un casting inégal, notamment dans le camp des gentils fermiers, trop aseptisés.
    February 07

    Moi pas aimer gens

    L'autiste est de retour. J'avais cru un instant qu'il avait disparu mais non, tapi dans l'ombre, bien au chaud à l'intérieur de moi-même, il attendait son heure pour ressurgir. Et le temps est venu. Peut-être est-ce un effet secondaire de mes vacances mais ma capacité et surtout mon envie de communiquer avec le monde extérieur avoisine le 0. Peut-être que le froid engourdit mon besoin de relations sociales. Pas envie de parler. Pas envie de sortir. Même pas envie de prendre le téléphone ou de me connecter sur MSN. A croire que le dialogue est devenu une notion étrangère. Même seul, je ne me parle pas. Enfin, si, mais dans ma tête. Et ce n'est pas vraiment se parler à soi-même, je n'ai pas de conversation... enfin, bref, là n'est pas la question. Je crois que mon cerveau est en train de mourir. Si, si, je vous jure que c'est possible ! Ou alors je m'oursifie et je me prépare pour l'hibernation. Je ne vois que ça. Chaque fois que je dois parler à quelqu'un, je dois faire un effort ! C'est une catastrophe. Peut-être que ma langue va s'ankyloser et que petit à petit je deviendrai muet... Et je serai une légende urbaine pour les gamins de mon immeuble. Sauf qu'il n'y a pas de gamins. C'est dommage, ça m'aurait bien plu comme idée de guetter les gosses derrière le judas et de pousser des grognements quand ils passeraient devant la porte. Ce n'est pas charitable de traumatiser les enfants, je m'en excuse. Tout ça pour dire qu'en ce moment je suis pas loquace. Ceci est mon excuse pour ce billet affligeant qui ne sert à rien.
    February 05

    4ème élection du beau mec du lundi

    Il y a des choses dans la vie qui sont immuables, des choses dont on sait qu'elles reviennent à date fixe. Comme les anniversaires ou les touristes en chaussettes avec des tongs en été. Comme le Disney de Noël ou Michel Drucker. Ici, à Xanderland, il en est de même avec l'élection du beau mec du lundi. 15 beaux mecs, une élection. Et ça y est, les 15 beaux mecs sont passés. A vous de choisir.
     
    4ème Election du Beau Mec du Lundi
     
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    Résultats la semaine prochaine
    (ça c'est du billet concis, clair, net, droit au but mais était-il réellement utile d'ajouter quelque chose de plus ?) 
    February 02

    Les Gniards - Episode 7

    Episode 7 : Le Gniard, un ami qui vous veut du bien

    Deux anciennes maisons, d'égale dignité, dans la ville des Gniards où se tient notre scène font un nouvel éclat de leur antique hargne, le sang civil salit les mains des citoyens. Or dans le sein fatal de ces deux ennemis, deux amants prennent vie sous la mauvaise étoile... Comment ça du plagiat ? Prétendriez-vous que j'ai moins de talent qu'un obscur et misérable auteur de théâtre. Soit, puisque mon génie créatif n'est pas estimé à sa juste valeur, je n'essayerai plus de me montrer brillant. ce sera dur mais rien n'est impossible. Reprenons donc avec une introduction plus classique. Lecteur, assieds-toi, faut que j'te parle, j'ai passé ma journée dans le noir, lecteur, j'le sens, j'le sais, j'me suis, je me fous de toi... quoi cette fois ? C'est toujours pas un début qui vous convient ? Je veux bien réessayer mais ce sera la dernière fois ! Si vous êtes pas content après ça, je vous fais un tableau récapitulatif ! Ne me tentez pas ! Bon, tant pis, vous l'aurez voulu.

    Equipe des Gentils tout plein
    vs Equipe des Méchants pas beaux
    Chef : Prophète Clarabelle vs Katana Sourire
    Sous-chef : Steakarella vs Sarkopette Sourire
    Quantité négligeable : Rocco vs Coquille Sourire et Lulu
    Gniards sûr de sûr : Matiche et Gikou vs personne !
    Gniards à voile et à vapeur : Noodle vs Soda Pêche et Double G
    Truc qu'on ne sait pas ce que c'est mais brrr, ça fait peur : L'Ombre

    C'est pas plus clair comme ça ? Maintenant que les bases ont été posées à nouveau, je vais pouvoir commencer mon récit. C'est que j'ai un épisode à boucler, vous me faites perdre du temps.
    TOC TOC fait la porte d'entrée de la maison aux murs paprika des soeurs Sourire.
    - C'est qui ? répond l'une des soeurs, probablement Sarkopette parce que la porte est recouverte de postillons.
    TOC TOC refait la porte d'entrée de la maison aux murs lavande des soeurs Sourire.
    - C'est qui ? répond l'une des soeurs, probablement Katana vu que la porte a tremblé de terreur.
    TOC TOC rerefait la porte d'entrée de la maison aux murs cerise des soeurs Sourire.
    - C'est qui ? répond l'une des soeurs, probablement Coquille parce que c'est la seule qui n'a pas encore parlé.
    - Sheila Lutte Finale !
    Devant la porte, Rocco se met à glousser comme une Christine Bravo sous hélium. Noodle, d'un claquement de doigts, lui intime l'ordre de se taire.
    - Ta blague est navrante. On ne rit pas avec le combat des justes pour la liberté.
    - Désolée, c'est Matiche qui me l'a apprise, j'ai cru que c'était marrant.
    La porte s'est ouverte. Sarkopette accueille les nouvelles arrivantes. Avant même qu'elle ouvre la bouche, Noodle place Rocco devant elle pour se protéger.
    - Salut, moi c'est Sarkopette, je crache, je rote, je pète, rien ne m'arrête !
    - Moi, c'est Rocco et le beau mec derrière moi c'est Noodle, répond Rocco en s'essuyant la figure.
    - La vie pour les nuls, chapitre 1 : zizi = garçon, minou = fille. Ton Noodle, c'est une gonzesse ! aboie Katana.
    - Et mon poing dans ta face de Fogiel, ça te tente ? Je suis le Gniard de la Terre, j'ai entendu dire que vous recrutiez, ça vous intéresse ?
    Katana et Sarkopette se sont regardées, interloquées. Pas Coquille. Parce que Coquille est encore occupée à rire de la blague de Rocco. Mais il faut l'excuser, elle traverse une mauvaise passe et ses nerfs sont à fleur de peau. C'est qu'elle en a marre de passer pour la demeurée de service, cette pauvre Coquille. Oui, elle fume, elle boit, elle couche. Est-ce une raison pour la rabaisser constamment ? N'a-t-elle pas le droit d'essayer de trouver le bonheur comme elle peut ? Ses soeurs trouvent peut-être un sens à leur vie dans la vilénie - non pas qu'elles soient laides, même si Sarkopette ressemble à s'y méprendre à Rosy de Palma - mais elle, Coquille, préfèrerait trouver un sens à sa vie dans les bras d'un homme. C'est anti-féministe mais elle s'en fout. L'amour, celui qui bouge le cul des andalouses, celui qu'on trouve en cherchant sous ta blouse, c'est important. Et Coquille n'en peut plus d'attendre un homme qui ne viendra pas vu que tous les personnages de cette saga sont des filles ou des garçons sensibles qui préfèrent rester entre eux. La vie est vraiment trop mal faite.
    - C'est bon, c'est fini le monologue sur la vie inintéressante de Coquille ? J'ai une réplique importante à placer, une des rares qui font avancer l'intrigue, meugle Katana. On a trois Gniards maintenant, le rapport de force s'est inversé.
    - Euh, tu sais, soeurette, les lecteurs sont pas débiles. Si on en avait deux l'épisode précédent et qu'on en hérite d'un de plus aujourd'hui, ça fait trois. Ce sont des maths élémentaires. Même une grenouille à lunettes qui se vautre en rollers pourrait faire le calcul. Non, une réplique qui pourrait faire avancer l'intrigue ce serait...
    - Cette conne de chatte vient de pisser sur mes groles ! se met soudain à crier Noodle. Des pompes de collection portées par Damon Albarn lui-même ! On sent encore la sueur de ses pieds !
    Lulu, très fière d'elle, vient frotter son poil contre les jambes de Coquille qui est passée de la crise de rire à la crise de larmes. Sans même prêter attention à sa maîtresse. Parce que les dépressives, ça a toujours eu le don de l'agacer. Lulu se retire, royale, en poussant un interminable miaulement qui pourrait se traduire en gros par :
    - Je ne peux peut-être pas parler mais je peux pisser partout, au moins on se souviendra de mon passage dans cet épisode.
    A cet instant, Double G fait une entrée fracassante en ouvrant grand la porte à double battants de la grande pièce.
    - Les filles, je voudrais pas vous inquiéter mais depuis 6 épisodes que ça tourne, personne ne s'est dit que la menace imminente de fin du monde pouvait avoir un impact sur le reste de la planète ?
    - Pas bête comme remarque, c'était pas le boulot de Coquille ? demande Sarkopette en se tournant vers sa soeur, désormais recroquevillée en boule et se tapant la tête contre le sol.
    - Qu'est-ce qu'on s'en fout du reste du monde ! On aime pas les gens, alors ils peuvent crever. Au pire, ça fera des esclaves en moins. J'adore dire ce genre de phrases ! Comme c'est trop le pied d'être une tarée psychopathe, fanfaronne Katana.
    - Bon alors, ça ne choquera personne si je dis que l'Australie vient de disparaître de la carte...
    Coquille relève la tête, les yeux bouffis et d'un seul coup, elle se met à hurler en pleurant.
    - Non, pas Hugh !!!

    * * * * *
    Au QG de la Prophète Clarabelle, c'est la débandade. Non, cette phrase ne sert pas de préambule à une quelconque boutade sexuelle, elle aurait pu mais ce ne sera pas le cas parce qu'il n'y a pas que le cul dans la vie, bande de pervers ! Steakarella, tout comme Double G dans le camp adverse, vient de se rendre compte qu'un gros bout de terre a été englouti. Et tout comme Coquille dans le camp adverse, elle pleure la disparition de Hugh. Et de Nicole. Et de Naomi. Et de Russell. Et de Mel. Ah non, pas Mel, elle s'en fout. Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, elle doit aussi annoncer à la Prophète qu'un des Gniards s'est enfui et que leur assistante avec. Ce qui, de toutes les nouvelles, est peut-être finalement la seule qui soit bonne. Etre Messagère, c'est franchement un boulot pourri ! Si elle avait su, elle serait restée pigiste pour "La Courge en Fête Magazine".
    TOC TOC fait-elle à la porte en tapant dessus.
    - Entrez ! hurle Clarabelle de derrière la porte sinon elle n'a aucune raison de hurler si elle n'est pas dans son bureau.
    - Sheila Lutte Finale, répond Steakarella, croyant détendre l'atmosphère. Ah non, zut, ça ne marche pas. Je comprends rien aux blagues de Matiche. Ce garçon est vraiment trop stupide.
    - Qu'est-ce qui t'arrive choupinette ? Maman te manquait ? Tu voulais un gros câlin ? Viens là, mon caneton. Enlève cette vilaine chemise et cet affreux soutien-gorge.
    - C'est que, madame, il se passe des choses graves et je crois qu'il est temps de trouver un plan.
    - Oui, oui, plus tard. Retire cet atroce pantalon et cette ignoble culotte en coton rose Snoopy.
    - Le cataclysme a commencé plus tôt que prévu. Ce n'est plus qu'une question de jours.
    - Raison de plus pour ne pas perdre de temps ! Désappe toi, tu veux que je te rappelle qui est la boss ici ?
    - Mai j'en ai marre d'être votre boniche sexuelle ! Je suis bien plus qu'une extraordinaire paire de seins ! J'ai un cerveau aussi ! Et un coeur ! Et le sens du devoir et des responsabilités. Bon, pas celui de l'équilibre mais je compense en étant super-réactive. Bon, pas quand je dors mais quand je suis éveillée, je suis super efficace. Sauf quand j'ai pas envie. Ou que je m'ennuie. Ou qu'il y a des chiffres partout. Bref, je ne suis pas qu'un gode géant !
    - Tu sais que tu es sex quand tu te rebelles ?
    - Stop. C'est terminé. Je jette l'éponge. Lorsque vous m'avez embauchée pour retrouver les Gniards, vous m'aviez dit à l'époque que le sort du monde dépendrait de moi. J'ai pris ma tache très à coeur parce que même si je râle, j'ai quand même envie que le monde reste sur son axe sinon je n'ai plus rien contre quoi râler et ce serait nul comme vie. Vous m'aviez dit que j'avais 10 épisodes avant la destruction complète de cette planète. Hors, on en est au septième et on vient déjà de perdre un continent...
    Du fond du QG une voix s'est élevée.
    - L'Australie n'est pas un continent. Elle fait partie de l'Océanie qui, elle, est un continent qui comprend également d'autres îles et archipels comme la Nouvelle Zélande ou la Tasmanie.
    - Matiche, arrête de reprendre tot le monde tout le temps, c'est agaçant ! hurle Steakarella en réponse. Ou est-ce que j'en étais moi ? Ah oui, on en est à l'épisode 7, c'est le foutoir complet au niveau des Gniards qui font n'importe quoi et l'équilibre planétaire est en train de foutre le camp.
    Une autre voix s'élève alors.
    - C'était le cas avant avec le conflit israëlo-palestinien, la guerre en Irak, la Tchétchénie, l'Iran, la Corée du Nord, le terrorisme d'Al-Qaïda, celui de l'ETA, les dictatures d'Amérique du Sud sans oublier Bush, Poutine, la drogue, la pédophilie, l'intolérance religieuse, la traite des blanches, le massacre des animaux, les accidents de la route, le réchauffement de la planète, le sida, le cancer, la grippe aviaire, le chikungunya, les chansons de Diam's et Thierry Ardisson !
    - On le sait que le monde est foutu, Gikou, la ferme ! hurle de nouveau Steakarella. Ils me fatiguent ces garçons ! Ca me donnerait presque envie d'être lesbienne.
    - C'est pour ça que je suis là, trésor. Je suis la solution à tous tes problèmes.
    C'en est trop pour Steakarella. Elle ferme son poing très fort et le lance dans le visage de la Prophète. Une fois. Deux fois. Trois fois.
    - Combien de fois il va falloir que je le dise ? JE (un coup) NE (deux coups) SUIS (trois coups) PAS (un bisou sur son poing ensanglanté) INTERESSEE (dix-sept coups et demi parce qu'elle s'est mangé le bureau au milieu du dix-huitième) !
    Clarabelle ne bouge plus. Avachie sur son fauteuil, la Prophète ne respire plus. Le visage tuméfié, la lèvre fendue, les yeux pochés... le spectacle est atroce. J'aurais d'ailleurs peut-être du prévenir avant que la scène qui allait suivre était à déconseiller aux âmes sensibles et aux petites personnes de tout juste 21 ans. Steakarella regarde son poing et se rend compte qu'elle a peut-être légèrement, mais alors très légèrement, perdu le contrôle.
    - Dites, madame, vous m'en voulez pas trop, hein ? On ne peut pas toujours être d'accord sur tout, non ?... Bon, je vais vous laisser vous reposer, vous avez l'air... morte de fatigue.
    Steakarella sort du bureau qu'elle ferme délicatement. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Le sort du monde est en jeu et elle n'a pas toutes les données du problème. Par exemple, elle ne sait pas quelle est la procédure à suivre lorsque les Gniards seront tous les cinq réunis. Il n'y avait que la Prophète qui avait la réponse à cette question. Perdue dans ses pensées, Steakarella n'entend pas le téléphone de Clarabelle qui sonne. Bien évidemment, la pauvre fille au visage bouilli ne peut répondre, ce qui a le don de fortement agacer la jeune femme qui cherche à le joindre. Une jeune femme qu'elle appelait "mon amour". Une jeune femme qui est dans le camp adverse et qui, contrairement à Steakarella, a la réponse à la question que la Messagère se pose.

    * * * * *
    Gikou est amoureux de Matiche mais refuse de se laisser aller parce qu'il trouve que Matiche est un pauvre type. De son côté, Matiche est aussi amoureux de Gikou même s'il repense encore parfois avec tendresse à son petit Soda Pêche qu'il a jeté sans ménagement pensant lui rendre service en l'éloignant des turpitudes de la vie des Gniards. Mais Soda Pêche, derrière ses airs de petit garçon fragile, refuse de chasser Matiche de son coeur même s'il est fortement troublé par son jumeau, le très sexy Gewurzttraminer Goyave. Un Gewurzttraminer Goyave qui prend décidément beaucoup de plaisir dans les bras du si gentil Soda Pêche même s'il repense parfois encore à son ex qui l'a plaqué sans ménagement il y a trois ans et pour lequel il est prêt à détruire le monde. C'est si touchant tous ces garçons qui couchent entre eux. Et c'est si dommage qu'ils n'aient pas eu le temps de joindre leurs forces dans un bel effort commun de satisfaction de leurs sens.
    Assis devant son poste de télé, la bouche grande ouverte devant ce laideron de Lisa, Matiche se demande si Victoria S. couche vraiment avec le chien de Christophe D., tout en noyant son chagrin dans une surconsommation de Savane Roll Double Chocolat. Le bulletin d'information vient le sortir de sa catatonie gustativo-télévisuelle.
    - L'Australie n'est plus, clame d'un air solennel le présentateur télé. L'heure est grave. Le monde pleure un continent et les peuples des quatre coins de la planète se mettent à prier. Aucune explication n'a encore été trouvée à cette incroyable catastrophe mais on ne peut pas exclure une nouvelle bourde de Ségol...
    Matiche s'est relevé et a éteint la télé. Ses sens sont en éveil. Il sent qu'en tant que Gniard, il doit intervenir.

    Les genoux repliés sur sa poitrine, un casque sur les oreilles, Soda Pêche écoute en boucle Perle Lama lui susurrer sa guimauve. Ses tympans, comme en signe de protestation, se mettent à saigner. D'un geste las, il retire son casque et surprend alors la fin du journal télévisé.
    - Je vous rappelle le titre principal de l'actualité. A plus l'Australie. Pouf, elle est plus là. Il ne reste que de la flotte qui se déverse super rapidement comme quand tu vides ta baignoire ! La question est : qui a retiré le bouchon ?
    Soda Pêche s'est redressé. Il ne peut peut-être pas répondre à la question de ce très mauvais présentateur mais il sent qu'en tant que Gniard, il doit faire quelque chose.

    Gikou traîne sa misère dans les rues de la ville, comptant le nombre de filles qui ont un t-shirt bleu, le nombre de grand-mères qui ont une permanente et le nombre de mecs dont on voit le caleçon quand ils marchent. Ensuite, il additionne le tout puis il le divise par le nombre de vampires tués durant les sept saisons de Buffy. Et il obtient ainsi le pourcentage de chance qu'il a de sortir avec Matiche. Mais alors qu'il se demande s'il doit compter les morts de l'univers crée par le voeu de Cordelia dans la saison 3, une feuille de journal lui arrive en pleine figure. C'est une journée venteuse. Et il n'y est pour rien. La Une annonce que l'Australie a coulé à pic après s'être brisée en deux à la verticale mais qu'une certaine Rose a réussi à s'enfuir sur un morceau de bois qu'elle a refusé de partager avec quiconque comme une grosse truie égoïste qu'elle est. Gikou s'arrête de compter. Il se fout complètement de savoir si, en enlevant sa robe de 68 kilos, Rose aurait eu la place d'accueillir un deuxième passager, tout ce qu'il se dit c'est, qu'en tant que Gniard, il doit se bouger.

    Allongé nu sur son lit, Double G se dit qu'il a décidément un corps sublime. Et c'est vrai. Et il se dit qu'il a énormément de chance d'avoir un jumeau identique et de connaître le bonheur incroyable d'être avec un garçon tel que lui. Physiquement du moins parce qu'il est évident que Double G a plus de jugeote que ce pauvre petit oisillon perdu de Soda Pêche. Par moment, il lui fait penser à Prociner. Surtout quand il couine. Double G se tourne avec grâce vers son compagnon de lit qui est en train de se re-capuchonner.
    - C'était pas si difficile finalement. Quel est le prochain continent que je dois faire disparaître ?
    L'Ombre enfile ses grosses bottes noires et sourit.
    - Patience, mon mignon. Laissons d'abord tes petits camarades s'entretuer joyeusement. Rien de tel que quelques murmures à leurs oreilles pour semer le doute dans leur esprit. C'est si facile de les manipuler. Bientôt je n'aurai plus rien à craindre de personne.
    Double G acquiesce et laisse l'Ombre lui tapoter familièrement la cuisse.
    - Crois donc ce que tu veux, pense Double G dans sa tête en silence parce qu'il a vu suffisamment d'épisodes de Pas de Pitié pour les Croissants avec Super Pat pour savoir que les types qui veulent dominer le monde parlent toujours trop. Si j'ai pu faire ce que j'ai fait, je peux tout aussi bien me débarrasser de toi. Double G se met à rire, toujours dans sa tête, mais pas trop fort parce que sinon ça lui fait mal.
    Il regarde l'Ombre partir par la fenêtre et se dit qu'il prendrait bien une douche. Il pose ses adorables pieds à terre et se dirige vers la salle de bains sans se douter une seule seconde que, planquée sous le lit pour cause de dépression, Coquille a tout entendu.

    * * * * *
    Allez, plus que trois épisodes et tout ça sera terminé, foi d'Alexandre George Maestro di Gikou. C'est que les choses vont aller vite, j'ai du monde à liquider. Pas moi personnellement, je suis un gentil Gniard mais d'autres le sont moins que moi. Mais si tout ça devient trop éprouvant à lire, je comprendrais. Tous ces complots dignes d'un mauvais soap, ces coucheries entre personnes du même sexe et ces chats qui font partout. Il ne manquerait plus que Vitaa en fond sonore et ce serait la pire saga que la blogosphère ait jamais connu. Mais vous n'êtes pas obligés de me lire. Je ne suis qu'un Gniard après tout et comme chacun le sait, les Gniards, quoi que vous fassiez, ça chouine.