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December 08 Gilbert le GoretAlors que la fin de mon contrat arrive à grand pas, je repense à ces 8 mois de bonheur partagé avec ma délicieuse et non moins adorable collègue, le petit goret. Je ne vais pas revenir sur tous ses travers (goret, travers... il y a une blague tellement minable à faire que même moi je m'y refuse), ce serait trop long et puis, depuis le temps, vous avez bien compris que cette fille était un concentré de mort-au-rats. Toutefois, il faut que je vous raconte le dernier bouleversement de sa vie et si avec ça vous n'envoyez pas des dons pour qu'on l'euthanasie, c'est à n'y rien comprendre. Le petit goret vit dans un corps qui la hait et qui essaye de la tuer en chopant toutes les maladies qui passent. Avec une température interne qui frise le zéro absolu, Nini le goret est perpétuellement en train de se plaindre du froid et allume le chauffage dès le mois de septembre alors que les reste de la Côte est en t.shirt, 25° oblige. Nini doit être morte à l'intérieur, je ne vois pas d'autre explication. Quoi qu'il en soit, elle a réussi à attraper la grippe et son corps s'est dit qu'il tenait là l'occasion idéale d'en finir. Un des effets secondaires rarissimes de la grippe, qui touche principalement les personnes âgées (mais Nini est déjà grabattaire dans sa tête), est une perte partielle de la vue. En gros, vous n'avez plus de vision périphérique et ce que vous arrivez à voir est voilé. N'importe qui se réveillerait un matin en se rendant compte qu'il est sur le point d'être aveugle se rendrait illico chez le médecin voire l'ophtalmo. Pas Nini. Blême et décomposée, Nini se traîne au bureau où elle m'annonce tout de go qu'elle ne voit rien et donc ne pourra pas se servir de son ordinateur. Ce qui revient finalement à dire qu'elle ne pourra pas travailler. Pourquoi venir dans ce cas ? Mais parce qu'elle s'ennuie chez elle. Tout comme après sa rupture avec Chabichou, Nini pense que le bureau est une garderie. Nini étant la chienne gâleuse qu'elle est, elle ne se contente pas de gémir sur son bureau, elle ameute tout le service pour que les gens viennent la plaindre et saluent son courage et son professionalisme. Je suis attéré. Et comme Nini est encore plus tarte que ce que j'aurais cru, elle tente quand même de bosser sur son ordi, le nez contre l'écran, le doigt sur le clavier pour un rendement d'un mot à la demi-heure. Au bout de deux heures, elle s'effondre en disant qu'elle a un mal de crâne terrible. Comme je suis un peu à bout, je lui réponds assez sèchement que dans un tel état, on reste chez soi. Oui, je sais, c'est violent, je suis un monstre. Les jours passent et les choses ne s'améliorent guère mais madame refuse de consulter. Parce que Nini, en plus du reste, est médecin, c'est évident. Résultat, ma charge de travail a doublé et surtout je dois supporter le couplet de la petite fille si brave et courageuse face à la maladie qu'elle ressort à tous les membres du service, couplet qui s'accompagne de celui, plus usé, sur la tumeur dont elle a été victime lorsqu'elle était plus jeune et qui me fait dire qu'avec de tels antécédents, on n'attend pas une semaine avant de consulter. Mais Nini, experte, ne voit pas en quoi les yeux sont reliés au cerveau. Dans son cas, on se demande s'il y a bien quelque chose de relié. Lorsqu'enfin, elle se rend chez son ophtalmo, celui-ci lui déclare, après avoir inspecté son oeil droit, qu'elle devrait s'inquiéter et passer une IRM sur le champ. Là encore, n'importe qui suivrait son conseil à la lettre. Pas Nini. Car si elle s'en tient à son dossier médical, c'est son oeil gauche le maillon faible. Elle revient donc au bureau et annonce que son ophtalmo est un charlatan. Comme je refuse de lui servir de canne blanche et que je suis à court de patience, je refuse de me rendre avec elle au resto administratif, ce dont elle ne manquera pas de se plaindre lors du 6ème coup de fil quotidien avec sa môman où elle lui assurera que malgré tout, elle est parvenue toute seule jusqu'au bâtiment et qu'elle a pu manger. Comme ses parents qui vivent quasiment chez elle (et en profitent au passage pour fouiller dans ses affaires, ce qu'elle trouve parfaitement normal), ont un peu plus de jugeotte que leur idiote de fille, ils réusissent à la convaincre de prendre quelques jours de repos pour essayer de se soigner... Je peux recommencer à respirer. Et dire que tout ça lui a permis de s'attirer la sympathie du directeur adjoint qui l'a pistonnée pour que son contrat, qui devait prendre fin mi-novembre, soit prolongée jusqu'à la mi-janvier dans un service annexe. Le petit goret est une plaie, certes, mais parfois les hommes sont des crétins sans nom... August 30 Femmes fontainesAprès Barbie, Patapouf, Madame Silence et Plume, c'est au tour de Princesse aux doigts de sucre de nous quitter. Et même si la jeune fille est au demeurant plutôt sympathique, je me réjouis d'avance du calme, relatif, que je vais retrouver. Relatif car Nini la teigne reste à mes côtés jusqu'à la fin du mois d'octobre. J'aurai donc novembre et décembre pour moi seul. J'ai hâte. Mais je ne suis pas là pour me réjouir de l'énième renouvellement de mon contrat, même si mes finances apprécient. Après mûre réflexion et au vu des derniers événements, je crois que mon bureau est situé sur un point névralgique de pleurs et lamentations, sorte d'antichambre karmique de la douleur.
Petit retour en arrière. Il y a de cela deux ans, lorsque j'avais commencé, naïf, mon premier contrat, Barbie, ma première collègue mononeuronée, avait fondu en larmes au bout de quelques semaines en évoquant son mari violent incarcéré, son chien fugueur et ses règles abondantes, jean maculé à l’appui. C'était triste. Pour elle. Parce que je ne suis pas Phoebe Halliwell, je n'ai pas un don d'empathie. Surtout pas avec quelqu'un que je connais à peine et qui me raconte sa vie dans les moindres détails au bout de 48 heures. Un peu de décence que diable. Mais Barbie n'a jamais su faire preuve de retenue, mon imprimante est là pour le confirmer, la pauvre n'ayant jamais réussi à refonctionner correctement après que Barbie lui soit rentrée dedans alors même que Patapouf faisait de même (dans Barbie, pas dans l'imprimante, ils ne se sont pas mis à deux pour jouer les hommes béliers). Puis elle était partie et le bureau avait séché. L'an dernier, à la fin du mois d’août, Nini la teigne, aka Despote Girl, s’était effondrée sur l'épaule de notre supérieur, prétextant une lassitude douloureuse suite à une gastro difficile, alors qu'il était évident que la non reconduction de son contrat était la raison de son craquage nerveux. A cette occasion, Lilkumo s’était justement écrié « pas de pitié pour les gens qui osent pleurer en public ». Mais il était écrit que de nouvelles larmes couleraient à nouveau dans mon bureau. A 4 jours du départ, alors même que je tente un peu sèchement de faire comprendre à Princesse que non, je n’appelerai pas Nini, malade, chez elle pour voir si elle va mieux parce que, soyons honnête, je n’en ai rien à battre, la voilà qui éclate en sanglots. Comme ça. Sans prévenir. La dinde. Bien évidemment, mégalomane comme je suis, je me dis que c’est ma faute et que mon manque flagrant de compassion l’a bouleversé. Mais non si Princesse pleure, c’est parce que son copain, sportif professionnel, est en ce moment en Chine pour une compétition de voile et qu’il lui manque. Je reste perplexe, surtout que son petit gars revient dans 2 jours. Mais Princesse enchaîne sur la trahison de ses amis de collège qui ne le sont pas restés la laissant complètement seule et dévastée. Je n’ai pas insité pour lui dire qu’il était rare de conserver ses copains de collège, la laissant bruyamment renifler. Puis dans un dernier sanglot, elle murmure que le monde aujourd’hui est trop dur et qu’elle ne se sent pas prête à l’affronter. On ne parle pas assez du danger des couveuses. A moins que sa mère la nourrisse encore au sein à 23 ans. Ce bureau a un effet dévastateur sur les hormones. Dernière preuve en date avec Nini dont le propre corps ne la supporte plus et cherche à l’éliminer en provoquant d’étranges chutes de tension alors même qu’elle revient de vacances. A moins que ce ne soit sa quatorzième séparation avec Chabichou qui l’ait laissé sur le carreau. Il faut dire que s’enfuir en refilant sa copine malade à ses beaux-parents et en jurant de venir la voir dès le lendemain pour finalement s’évaporer dans la nature, ça manque cruellement de classe et de courage. Les hommes sont des mufles, lesbionnisons-nous. Nini, plus Kim Bauer que jamais, est donc très logiquement au bord du gouffre. Incapable de bouger sans se tenir aux murs, le teint blême, la voix éteinte, les yeux bouffis, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Son médecin préconise l’hospitalisation mais Nini est une tête de pioche. Il n’y a pas de raison que seuls ses parents profitent de ses crises de larmes. Pourquoi essayer de conserver un minimum de dignité dans l’adversité quand on peut s’effondrer lamentablement devant ses collègues de travail ? Devant son visage porcin déformé par le chagrin, je me demande si j’avais manqué à ce point de décence lorsque David m’avait quitté, avant de me rappeler que j’avais eu la courtoisie de me cloîtrer chez moi pour éviter d’imposer aux autres mon état pitoyable, ce que je donnais à voir à mes amis étant déjà largement suffisant dans le registre pathétique. Mais la pudeur n’est plus à la mode et j’ai bien peur de devoir à nouveau subir les fuites lacrymales du petit goret veillissant qui me remerciera, monstre d’hypocrisie que je suis, de mon soutien. A l’image des chiffres de Lost, le bureau 426 est maudit. Ou alors il appartient au conglomérat des pleureuses siciliennes. July 28 La (toute petite) blague du samediRevenue de vacances, en ayant quand même réussi à oublier son anorak dans sa chambre d'hôtel, Princesse, pour son premier jour, s'est surpassée : " J'ai une question à poser, je sais que je vais avoir l'air bête, mais tant pis, je la pose quand même. Noël dans le monde, ça tombe toujours un 25 décembre ?" ... ... Par où commencer ? July 21 Dr. Nico, j'écouteNini : Chabichou et moi, on s'est encore disputé et il trouve que ce n'est pas normal, qu'on devrait être sur un petit nuage tout le temps. Et effectivement, elle l'a noté. Cette semaine, je suis devenu conseiller conjugal July 06 Dumb & DumberAlors que, éreinté par une semaine qui doit à être à 8 sur l'échelle de pourritude, je me faisais une joie d'accueillir le week-end, mes charmantes collègues, Nini la Teigne et Princesse aux doigts de sucre, ont décidé de former une coalition pour faire grimper la pression. D'ordinaire, elles sont juste pénibles, l'une braillant du Sardou comme si elle était une cantatrice, l'autre pendue au téléphone toute la journée avec son petit pôpa et sa petite môman. Aujourd'hui, elles sont passées à la vitesse supérieure Nini : "Princesse, où t'as mis la clé pour fermer le bureau ?" Princesse en pointant la clé du doigt : "Là, sur la table." Nini : "Pourquoi tu la prends pas pour fermer la porte ?" Princesse : "Ah non, je veux pas la toucher, je viens de me laver les mains" Nini ferme la porte Princesse : "Tu me donnes la clé que j'aille la ranger dans le coffre" Princesse, alors que Nini ne nous a pas encore rejoints : "Si elle regarde une seule fois encore ce que je bouffe, je lui envoie mon plateau dans la tronche" Nini, une fois que Princesse a posé son plateau : "C'est bien la peine de dire qu'elle aime la pastèque si c'est pour en laisser la moitié dans son assiette, sale gosse de riche !" Et si je les inscrivais à Koh Lanta ? June 21 Cochon toxiqueIl ne faut jamais se réjouir trop tôt. C'est ce que j'aurais appris avec ma collègue Nini la Teigne aujourd'hui. Preuve que le monde est voué à sa perte et que décidemment il est profondément injuste, Nini a réussi à faire plier son "ami" Chabichou et à le récupérer. Il avait pourtant réussi le plus difficile, c'est dommage. Du coup, dotée d'une confiance nouvelle en son charme irrésistible Nini, la femme au visage de goret, se montre plus insupportable que jamais. La preuve par 9. 1 Même les gorets savent chanter... Quand Nini a une chanson en tête, impossible de la faire taire. Et tant pis si elle ne connaît qu'une seule phrase du refrain, elle la répète ad nauseam durant toute la journée avec sa voix suraïgue qui prend de plus en plus d'ampleur au fur et à mesure que la journée avance. Un concert de Nini pour la fête de la musique, il fallait oser, elle l'a fait. 2 Piggy aime la baballe Nini souffre du syndrome petite fille gâtée. Elle a toujours obtenu tout ce qu'elle voulait et ne sait pas s'occuper seule. Même lorsqu'elle est rivée à l'écran à jouer au flipper, elle ne peut s'empêcher de commenter chacune des actions de sa bille. Comme tous les enfants, elle demande bien sûr à ce qu'on s'extasie sur ses prouesses. Si tel n'est pas le cas, Nini se met à crier un vrillant : "mais oh ! Viens voir ! Viens !". Heureusement pour moi, Princesse aux doigts de sucre, mon autre collègue, est d'une naïveté accablante et se déplace à chaque fois en poussant, elle aussi, de petits cris d'admiration. 3 Ou comment fourrer son groin partout Nini se mêle de tout, tout le temps, et ne comprend pas qu'on ne veuille pas lui répondre. Je passe les "qu'est-ce que tu fais ? Et pourquoi ? Et ça te sert à quoi ?" auxquels je ne réponds même plus, la laissant furieuse sur son siège dans lequel elle s'enfonce. Maintenant que Princesse est là, elle a une nouvelle cible. "Et pourquoi tu ne finis pas ton assiette ? T'as vu comment tu coupes ton poisson, c'est honteux d'en laisser autant ! Faut pas prendre de compote si tu la finis pas !" Mais parfois, Nini se souvient que j'existe. "Tu manges un biscuit ?! Avec ce que t'as mangé ce midi, tu crois pas que t'as assez mangé ?". Comme mon taux de patience est au plus bas, je lui réponds un laconique "je fais un peu ce que je veux" sans même reveler la tête. Nini n'aime pas qu'on ne la regarde pas quand on lui parle. Du coup Nini s'emporte et ça m'amuse. 4 Dumb & Dumber (ou le syndrome Michael Vartan) Nini est une imbécile. Alors que Princesse et moi, pour faire face aux longues journées de chômage technique, avons amené un bouquin et de quoi nous occuper, Nini est venue les mains dans les poches. C'est qu'elle n'a rien à faire, elle. Et de toute façon, elle n'aime pas les histoires. Elle ne pense aux livres que lorsque le programme télé ne lui convient pas. Et ça donne un superbe : "il y a rien à la télé ce soir, je vais devoir m'acheter un livre. Femme actuelle. J'aime bien leurs recettes de cuisine." 5 Maaaanger !!! Nini n'est préoccupée que par un seul sujet, en dehors de son extraordinaire Chabichou, la bouffe. Elle a faim dès 10h, récite 5 fois par jour le menu de la semaine en composant d'avance ses plateaux repas, elle scrute les assiettes de tous ceux qui passent près d'elle et durant le repas, se fait un plaisir de nous éclairer sur les fluctuations du prix du cabillaud au marché. 6 Iceberg, droit devant ! Toujours syndrome de la petite merdeuse archie pourrie, Nini ne pense qu'à sa pomme. Alors que Princesse et moi nous liquéfions sous l'effet de la chaleur, Nini se plaint d'avoir froid à cause de la clim. Sur ce coup là, Princesse me devance, j'ai à peine le temps d'ouvrir la bouche, bien décidé à l'envoyer paître, qu'elle lui conseille de prendre une veste pour se couvrir. Le lendemain, Nini, boudeuse, ramène une veste. ce qui ne l'empêche pas de se plaindre du froid polaire alors même que, pour satisfaire tout le monde, la clim n'est que sur 1. 7 Nini Bernhardt Nini joue les grands tragédiennes. Alors qu'on regarde les photos de la sortie annuelle du personnel, un petit serpent fait son apparition sur l'écran. Je peux parfaitement comprendre que la vue d'un serpent hérisse le poil et qu'on tourne la tête en grimaçant. Mais Nini fait mieux. Nini se met à hurler, se replie sur elle-même et demande en suppliant que quelqu'un veuille bien éteindre le diaporama. Tétanisée, Nini met plusieurs minutes avant de reprendre son souffle. On n'est pas passé loin de l'attaque cardiaque. Dommage. 8 Ou Porcinet est un modèle de bravoure Nini a peur d'à peu près tout. Peur de laisser ses affaires dans un bureau fermé à clé et dont on a la clé, peur de retirer de l'argent au distributeur dans une ville qu'elle ne connaît pas, peur de manger un yaourt dont la date de péremption est dans 2 jours, peur d'appuyer sur le bouton 'maintenir les portes ouvertes' de l'ascenseur, peur d'aller à la plage toute seule et de se faire draguer (faut pas rêver laideronne, il y en avait qu'un, tu l'as déjà) et surtout peur de déposer son courrier dans la boîte aux lettres du Centre Administratif. A l'instar de François Feldman, la phrase fétiche de Nini pourrait être "J'ai peur". 9 Sainte Nini, la thérapie par le rire Et pour finir Nini est étroite d'esprit. Etant d'un naturel plutôt sarcastique, je balance souvent quelques moqueries sur mes gentils camarades de travail. Alors que je me moque de l'air perpétuellement illuminé d'une vilaine collègue, Nini fait remarquer que c'est mal de se moquer des gens, qu'on ne sait jamais quels drames ils ont pu traverser dans leur vie. Agacé, je réponds que je m'en tape. Ce qui n'est pas très malin mais Nini me gonfle, vous l'aurez compris. Nini s'enflamme aussitôt et croyant me clouer le bec me sort un virulent : 'tu aimerais qu'on se moque de toi ?". Dans la mesure où je me moque des autres, il est bien évident que j'accepte que les autres se moquent de moi, c'est la règle du jeu. Décontenancée par ma réponse, elle reste butée sur un "c'est un dégueulasse". Toujours sans la regarder, parce qu'il ne faut pas la regarder plus de 5 minutes par jour si vous voulez pouvoir trouver le sommeil, je réponds sèchement que son politiquement correct m'emmerde. On ne l'entendra plus de la journée. J'aurais du me souvenir que si on peut rire de tout, on ne peut pas le faire avec tout le monde. Pourtant son fou-rire en racontant que 'hi hi hi, hier soir en sortant hi hi hi Chabichou était garé sous le pont hi hi hi et j'ai pas reconnu sa voiture hi hi hi" aurait du me mettre la puce à l'oreille... Finalement rien de tel que cracher son fiel pour se sentir mieux... June 01 La pie qui chanteQuelque part, durant ces deux derniers mois, pour une raison que je ne m'explique pas vraiment, Nini la teigne, mon insupportable collègue de travail dont je n'ai pas arrêté de me plaindre depuis qu'elle est arrivée, m'est devenue sympathique. Peut-être est-ce le power of love de chabichou, son homme des montagnes, mais elle est plus souriante, plus aimable, plus gentille. Bien sûr, elle chantonne toujours autant mais j'ai développé des facultés de patience extraordinaires. De qui me moquer alors si j'arrive à m'acclimater de la pire des teignes ? Pas de souci, Princesse aux doigts de sucre est arrivée ! Princesse, 22 ans, blondinette manucurée, le sourire constamment aux lèvres comme si elle venait de se faire sauter, est une gentille fille qui a la fâcheuse manie de parler tout le temps. C'est une fille me direz-vous, la fonction expression est donc plus développée que chez ces primaires de garçons. Sauf que même selon les standards en cours, Princesse parle beaucoup... beaucoup... beaucoup... sans jamais laisser de blanc, sans jamais respirer, sans même faire de coupe pour signaler qu'elle change de sujet de conversation. Ce serait déjà épuisant en soi mais la jeune fille ne se contente pas de bavasser sur sa vie formidable avec ses amis étudiants dont un qui sent des pieds, son petit-ami qui fait de la voile et qui doit passer trois fois la frontière parce qu'il n'a pas le bon papier, sa voisine qui a perdu son chien mais peut-être que non parce qu'elle l'a retrouvé, ses photos qu'elle doit changer parce que sa tête est coupée et qu'on ne voit pas la pointe de la tour Eiffel, son sac tâché en plastique qui la fait transpirer de l'épaule, non, la demoiselle pose des tas de questions. Forcément elle est nouvelle, elle ne sait pas très bien comment ça marche. Nini, assez peu pédagogue, renonce au bout de la deuxième question, du coup, elle se tourne vers moi et toute la journée me repose les mêmes questions en s'excusant d'être aussi peu attentive, ce qui est normal vu qu'elle parle pendant que je lui donne les réponses... Bref, elle m'épuise. Mais si elle n'était qu'épuisante, elle n'aurait pas droit à un billet. En plus d'avoir avalé un vibro qui la fait sauter sur sa chaise en poussant des petits cris, Princesse découvre la vie et c'est beau : "c'est quoi un RIB ?", "à quoi ça ressemble une feuille d'impots ?", "c'est quoi des caprins ?"... le tout en se mettant de l'encre plein les mains parce qu'elle n'a jamais vu de tampon dateur de sa vie et en nous refilant la calculatrice parce que "tu comprends, avec mes ongles, j'arrive pas à taper"... Heureusement pour elle, elle a tapé dans l'oeil du vieux patron libidineux qu'elle appelle 'Clôoode' en minaudant et en rigolant parce que 'ô, franchement, ce Claude, il est trop drôle !'... Une bécasse à la direction de l'agriculture, normal, non ? April 18 Phrases cultesNom : Despote Girl Activité : Teigneuse professionnelle Vie personnelle : relation tyrannique avec Chabichou, 38 ans, astrophysicien au chômage, fifille à papa-maman Credo : Le silence est mon ennemi But ultime : vriller mon cerveau en parlant, fredonnant, sifflotant, commentant, râlant, gloussant toute la journée Petites citations A propos de ses ami(e)s "Depuis que j'ai un copain, mes copines ont bien compris qu'il fallait qu'elles fassent de la place, j'ai pas de temps à leur accorder" A propos de son copain "J'aime pas trop les amis de mon copain. Mon papa n'a jamais eu que ma maman, mon copain ne doit avoir que moi." A propos de la secrétaire à qui elle a demandé un service "Quand je demande qu'elle me ramène des bouteilles d'eau, c'est des grandes pas des petites, elle est vraiment trop conne !" Après lui avoir dit que j'apportais des trucs perso au boulot pour combler l'ennui "Mais je suis normale, moi" A propos des vieux exploitants agricoles "Oh non, les pauvres, ils sont vieux, je peux pas les appeler" Après avoir constaté que j'avais traité 50 dossiers alors qu'elle n'en était qu'à son 15ème "Oui mais les miens ils sont plus durs et je suis sûr qu'il n'y a pas d'erreur" Après que je sois allé me laver les mains "La prochaine fois, t'es gentil, tu vas aux toilettes de l'étage et pas à celles du resto sinon je suis obligée de t'attendre et c'est pas agréable" A propos des chiens de berger "Ca doit quand même être difficile, ça me fait tellement de peine" Alors qu'un exploitant lui explique ses difficultés à maintenir son activité à flot "S'il vous plaît, monsieur, est-ce qu'on pourrait se concentrer sur le dossier" A propos de nous "T'as quand même eu de la chance de tomber sur moi. C'est vrai, je suis gentille, on s'entend bien, je travaille bien, je mets de l'ambiance. Ca aurait pu être pire !" A propos de son job et des habitants du village de ses parents "Pour l'instant, ça va, la nouvelle ne s'est pas encore trop répandu. Je voudrais pas qu'on croit que j'accorde des passe-droits" A propos de la boîte pour laquelle postule son copain "Tu connais pas ? Je suis sûre que si je demande à 30 personnes dans la rue, tout le monde connaît !" Après avoir émis la possibilité que son copain était peut-être dehors et ne pouvait donc pas répondre à son mail "Je veux pas qu'il sorte sans me dire où il va" Lorsque pour la 3ème fois de la journée, un exploitant demande spécifiquement à ce que ce soit moi qui m'occupe de son dossier "J'étais là moi aussi l'année dernière mais puisque tu veux te la jouer comme ça, pas de problème, tu feras le travail tout seul" Alors que je lui demande de patienter cinq minutes pour que je finisse ce que je suis en train de faire "J'ai faim alors on va manger maintenant" Allez, plus que 4 mois et demi ! April 04 Killer instinct- Tu vas crever, connasse ! - Mais pourquoi ? - T'avais qu'à pas chanter Capitaine Flam pendant trois heures ! Et là, je lui défonce le crâne à coups de pelle... Ah si seulement... Mais voilà, les conventions sociales m'empêchent de concrétiser cette vision pourtant idyllique de ma relation avec ma collègue Despote Girl. Une histoire d'oranges en cage, quelque chose dans ce genre... Quoi qu'il en soit, alors que subrepticement de petits trous se forment dans mon estomac, rongé par la haine contenue, je me demande de façon très innocente et avec toute la gentillesse et la bonté d'âme qui me caractérisent, quel serait le meilleur moyen d'en finir avec elle. Et plus généralement, quel serait le meilleur moyen d'en finir avec ceux que l'on hait si viscéralement que c'en devient insupportable... Ca faisait longtemps que je n'y avais pas pensé, la dernière fois, ça devait être pour imaginer comment je me débarrasserais de ce soit-disant copain qui avait couché avec le mec avec qui je sortais depuis cinq ans... Ca avait été douloureux, il me semble (sa mort imaginaire bien sûr, pour le reste, je suis en thérapie, merci de demander) mais mon cerveau s'est perversifié en deux ans et je suis sûr de pouvoir trouver des moyens de torture encore plus efficaces. Parce que la tuer sans qu'elle souffre, ce ne serait pas amusant, vous en conviendrez. Allez, histoire de ne pas me laisser seul sombrer dans la folie meurtrière la plus totale, dites-moi que vous aussi vous rêvez de décapiter quelqu'un... même proprement... April 02 Arrêt de travail en perspectiveCe qui a de bien quand on ne travaille pas, du moins au début, c'est qu'on se dit : "chouette, je vais pouvoir me reposer et faire tout ce que je n'ai pas le temps de faire quand je bosse". Mais un mois plus tard le discours relax du type heureux d'être en vacances commence à s'éroder. On se demande pourquoi on se lève le matin, on essaye de trouver quelque chose de constructif à faire dans la journée et au final on se sent totalement inutile et on se dit qu'à presque trente ans on est un véritable loser. Puis arrive le moment où on retrouve du boulot ou, dans mon cas, on recommence l'ancien. On râle parce qu'il faut se lever tôt et que les vacances ne sont jamais aussi bonnes que lorsqu'on sait qu'on va devoir retourner au bureau mais au fond on est content. En tout cas, moi je l'étais. Jusqu'à ce que je pousse la porte du dit bureau où je découvre que la grosse vache alcoolique qui nous sert de secrétaire a préféré entasser le courrier plutôt que de le ranger, nous laissant ainsi le grand bonheur de classer des feuilles dans des pochettes, une activité qui vous fait aimer votre bac + 4. Face à la perspective de cette tâche si exaltante, je me dis qu'au moins, je pourrai faire une pause sur le net et rattraper mes lectures bloguesques en retard. Et bien non ! Parce que WLS fait partie de ces sites considérés comme néfastes à la bonne activité du fonctionnaire (activité et fonctionnaire dans la même phrase, je me fais rire tout seul) par le très intelligent Smartfilter, si intelligent d'ailleurs qu'il permet quand même d'accéder aux skyblogs et autres blogspots... J'enrage. Et doublement. Pas parce que mon gentil blog constitue ma seule activité dans mes journées de travail de 8min30 mais parce qu'il est l'échappatoire idéal à la présence de l'autre. L'autre ? Elle ! L'épuisante, l'agaçante, la détestable et repoussante Despote Girl ! Ils avaient personne d'autre à appeler ? Comme si en 8 mois elle avait pas pu se trouver un boulot... I hate my fucking job !! March 28 Les meilleures choses ont une finJ'aurais du mais finalement je n'ai rien trouvé d'intéressant à dire et qui plus est l'envie n'y était pas. Pas de beau mec sous la main, pas d'humeur particulière... Mon quotidien se résumait à un visionnage intensif, proche de l'addiction, de Battlestar Galactica dont j'ai dévoré les trois saisons en 15 jours... mais comme vous pouvez le constater, c'est loin d'être une nouvelle palpitante. Alors qu'ai-je de plus à rajouter aujourd'hui ? Rien... Je pourrais m'en inquiéter mais la vérité c'est que d'ici peu, j'aurais certainement plus de choses à partager. La raison ? Dès lundi, je retourne à Neuneuland ! Mes vacances forcées me manquent déjà... November 22 La loi du silenceComme je me suis offert une petite escapade le week-end dernier, j'ai abandonné ma pauvre collègue au bureau pendant deux jours (oui, parce que quand je pars en escapade je ne me contente pas du seul week-end, je déborde un peu avant et un peu après). C'est cruel, je sais, de la laisser seule face à la meute déchainée. Mais ça lui permet d'avoir des échanges on ne peut plus intéressant.
- Elsa, si tu vas faire des photocopies au 6ème étage, n'y va pas seule, vas-y toujours avec Nicolas.
- Je suis grande, je sais faire des photocopies toute seule.
- C'est pour éviter de te retrouver avec F., l'alcoolique.
- Comment ça ?
- Il s'emporte facilement et il y a des déjà eu des incidents.
- Oui, Nicolas m'a dit qu'il avait frappé une machine à coups de poing parce qu'il était trop saoul pour se rappeler comment elle marche.
- Non, je te parle d'autres types d'incidents. Il a déjà essayé de coincer deux filles dans la salle. Il ferme la porte et il a des gestes inappropriés.
- Pardon ?
- Il les touche, quoi. Elles ont fait passer le mot pour dire aux autres de se méfier alors je te préviens.
Pour une fois, ça n'a rien de drôle. Et ce qui me sidère c'est que personne ne fait rien. Ce type est un alcoolique violent notoire et tout le monde se tait. S'il avait un poste influent, je pourrais comprendre mais ce n'est même pas le cas. Il est un employé comme n'importe qui. Et les filles en question, qui se connaissent toutes les deux, n'ont même pas été voir le directeur. Ce n'est pas comme si personne n'allait les croire puisque tout le monde est au courant. Il y a quelque chose d'effrayant dans cette omerta administrative.
* * * * *
Autre conversation, cette fois entre mon chef de service et moi
- Si tu as un certain Monsieur L. au téléphone, tu restes évasif et tu lui dis que tu ne sais pas où en est son dossier.
- Euh... oui, si tu veux.
- Et s'il vient, vous gardez bien la porte du bureau ouverte. Il risque d'être en colère.
- On a déjà eu affaire à des gens mécontents, on sait les gérer, tu sais.
- Lui est spécialement virulent. Il est un peu brute. S'il vient et que le ton monte, appelez la sécurité.
Elsa et moi on se regarde en souriant, l'air de penser qu'il exagère quand même un peu.
- Je ne plaisante pas Nicolas, c'est sérieux. S'il vient, appelez la sécurité.
On va finir par demander une prime de risques ! November 16 Laboratoire génétiqueComme aujourd'hui, tout comme hier, avant-hier et les jours qui ont précédé et ce depuis la fin du mois d'octobre, je n'ai rien à faire. C'est pourquoi je suis là, devant le sympathique PC de mon bureau, autrement plus rapide que Maurice, mon ordinateur portable asthmatique qui respire un peu mieux depuis que je lui ai donné un renard braisé à manger. Et comme il est hors de question que je vous parle de ma charge de travail, ou dans le cas présent de mon absence de charge, je vais faire un petit tour des figures assez particulières qui peuplent mon service.
A tout seigneur, tout honneur, on commence par mon chef, l'agent Bauer, comme Jack, sauf qu'il ne s'appelle pas Jack sinon je ne donne pas cher de ma peau vu le turn-over des services de la CAT. Mon chef est un gentil chef. Jamais sur notre dos, toujours disponible, souriant, blagueur, confiant et aussi, et ce n'est pas négligeable, souvent absent. Le seul problème de mon gentil chef, hormis une hygiène un peu douteuse certains matins où je me demande s'il n'a pas passé la nuit dans le bureau, c'est qu'on ne comprend pas ce qu'il dit. C'est un peu comme une radio dont on essaye de capter la fréquence, on rate le début de la chanson parce que ça grésille et on perd la fin parce que la chaîne a sauté. Du coup, difficile de chanter convenablement avec trois pauvres paroles d'un couplet.
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Ensuite il y a la secrétaire de l'agent Bauer, 33 ans d'expérience dont 32 à ne rien faire. Elle a connu une grosse année en 1998 pour laquelle elle s'était préparé depuis 1973 et dont elle essaye de se remettre depuis. La secrétaire, appelée aussi la grosse hyène, l'alcoolique frétillante, la bonbonne épuisante, ne fait rien. Elle parle toute la journée au téléphone, invite les membres des autres services à venir prendre le café dans son bureau, surnommé le Zaza Bar, dans lequel elle ajoute volontiers quelques gouttes de son meilleur alcool habilement planqué entre deux piles de dossiers qui attendent d'être traités depuis 1984. Très souvent, la secrétaire rit. Pas aux blagues de autres auxquelles elle consent à ricaner mais aux siennes mêmes lorsque ce n'en sont pas. Et son rire vous vrille les tympans, pénètre votre âme et vous dévore de l'intérieur. Lorsqu'elle ne discute pas cuisine à l'huile, la secrétaire fait ses achats en ligne, consulte ses mails et joue au solitaire, activités qui priment bien évidemment sur la réception des appels téléphoniques qui finissent immanquablement par échouer dans mon bureau. Si on ajoute à ça une libido caractérisée sur laquelle je ne préfère pas épiloguer tant l'idée me répugne et des phrases fétiches comme "putain de sa mémé", "mé qué malheur" et autre "quadrature du siècle" le tout ponctué d'une gestuelle à la De Funès et d'un pas pachidermique qui vous donne envie de fredonner 'Laurel et Hardy', la secrétaire est le personnage incontournable du service.
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Les autres en comparaison ne se distinguent finalement assez peu. Tous, ou presque, ont une hygiène lamentable. De l'écuyère à chapeau de paille qui ne se lave de son propre aveu que tous les deux jours en passant par l'autre secrétaire dont on ignore exactement quelle est la fonction et qui cumule plus de jours de congès que de jours de présence sans oublier le Big Boss qui ne vous regarde jamais dans les yeux, parle avec une toute petite voix, fait des malaises dans son bureau et ne vous dit jamais bonjour en premier, on ne sait jamais, d'ici à ce que ça vous dérange... Il y a bien Monsieur Décathlon, l'exemple type du je-m'en-foutiste confirmé, habillé en Quechua de la tête aux pieds, persuadé d'être drôle en toutes circonstances ("toi tu ressembles à Vanessa Paradis, ton avion pour Los Angeles décolle quand ?", "ce qui est drôle quand on ne fait rien, c'est qu'à l'intérieur ça bouge toujours") alors qu'il est au choix ou très stupide ("Saddam a été condamné à mort ? Il était en prison ?") ou limite pervers ("le tourisme sexuel, voilà qui est intéressant"). Comme il se doit, il se prend bien évidemment pour un séducteur ce qui me fait dire qu'être un garçon, parfois c'est bien, ça évite d'avoir à faire la bise à ce genre de mecs.
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Puis il y a Haleine de Fennec, dite aussi La folle aux tisanes, qui commence chacune de ses journées par une tisane au tilleul et la finit vers 16h par une verveine menthe. Entre temps, elle aura allumé 6 fois la bouilloire qu'elle aura oublié d'éteindre au risque de la faire exploser, elle se sera approché de tous les gens qu'elle a croisé en espérant leur faire la bise et tous se seront éloignés, odeur de fennec mort oblige. Et lorsqu'elle ferme son clapet, c'est son gilet qui sent la naphtaline, à moins que ça ne vienne d'elle, ce qui ne serait pas étonnant vu l'hygiène douteuse de sa bouche. Et le mieux c'est lorsqu'elle rentre dans le bureau, silencieuse, et nous regarde travailler. Au bout d'un moment, on finit par se retourner vers elle, puisqu'elle n'a pas l'intention à priori de s'en aller, pour lui demander ce qu'elle veut. Et elle de nous répondre invariablement d'un air émerveillé sans doute du à une surconsommation de tilleul : "vous allez bien ?"...
On ne parle pas assez des dégâts d'une surexposition à l'Administration... October 28 Le monde est foutuVendredi après-midi, seul au bureau avec la crève, le téléphone sonne.
- Allo ? (oui, je dis juste "allo" parce que "direction départementale de l'agriculture et de la forêt des alpes maritimes" c'est un peu long)
- J'ai une lettre, je comprends rien ! (Oula, pas crier dans mes noreilles !)
- Bonjour, monsieur, vous me donnez votre nom que je puisse accéder à votre dossier ?
- Bon alors dans votre lettre, vous disez... (ne pas le reprendre, ne pas le reprendre...)
- Votre nom, monsieur.
- Dans le cadre de la campagne... (Ah bah non, finalement j'aurai pas ton nom !)
5 bonnes minutes plus tard, après m'être dit que quitter l'école après la 6ème, c'est définitivement une mauvaise idée.
- Je comprends rien !
- Le courrier vous informe que vous pouvez bénéficier d'aides si vous avez des terres agricoles de plus de 30 ares.
- J'ai ! Je veux les aides !
- Votre surface est de combien ?
- Bah avec la maison et le potager, j'ai 2000m² (et tu crois qu'on va te filer quelque chose parce que tu fais pousser trois salades dans ton jardin ?)
- Ca ne fait que 20 ares, monsieur.
- Bah non, 2000 c'est plus que 30 ! (quand je pense qu'il y en a qui font maths spé !)
- Ce n'est pas la même unité, 30 ares ça fait 3000 m² et vous n'en avez que 2000. Et on ne peut pas prendre en compte votre maison.
- Et pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a ma maison ? (bon je vais pas m'en sortir, change de sujet)
- Monsieur quelle est la date du courrier ?
- 15 février.
- Nous sommes à la fin du mois d'octobre.
- Mais c'est que je l'ai pas compris ! (et de février à octobre, t'as passé ton temps à relire ta lettre avant de te décider à nous appeler ?)
- Vous nous avez déjà envoyé quelque chose ?
- Les impôts !
- C'est pas les impôts, ici, monsieur, c'est la Direction de l'Agriculture.
- Ah bon. Et vous allez pas me donner les sous alors ? (c'est pas possible, n'importe qui est en liberté de nos jours)
- Non, je ne pense pas.
- Vous êtes des voleurs ! J'ai ma maison et mon potager, j'ai droit !
- Vraiment désolé, monsieur, bonne journée.
J'aime mon travail ! J'aime mon travail ! J'aime mon travail ! J'aime mon travail ! J'aime mon travail ! October 17 Ventre affamé n'a point d'oreilleQuand on a faim, on fait parfois de drôles de choses. On bouscule les gens pour passer le premier à la cantine en écrasant leurs pieds. On s'inscruste dans la file d'attente en espérant que personne ne vous remarque. On se bat pour la dernière part de gâteau au chocolat. Parfois aussi, on a si désesperément faim qu'on attend qu'un autre ait rempli pour vous le plateau. Quitte à ce qu'il n'y ait sur le dit plateau qu'un bol de courgettes, une salade de concombres et une pomme. Et on le prend, sans rien dire, comme ça.
Aujourd'hui, je me suis fait chourrer mon plateau ! September 30 La subtilité, il y a que ça de vrai !Petit échange anecdotique avec René, le réceptionniste cinquantenaire fan de Mireille Mathieu, suite à la lecture dans le bus d'un article de Metro sur les sex toys.
Lui avec un regard très appuyé : Tu me laisseras jouer avec ton sex toy ?
Moi, très gêné : Euh... non, je le garde pour moi.
Lui, toujours très insistant : T'es pas très prêteur.
Moi, complètement rouge : C'est qu'il y a que moi qui sais m'en servir.
Lui, dont je sens le souffle sur ma joue : Si tu le prêtes pas c'est normal.
Il y a pas à dire, les vieux, parfois, c'est franchement lourd. September 09 Nos amis les bêtesEn tant qu'employé à la Direction Départementale de l'Agriculture (me demandez pas comment j'ai atteri là, ça devait juste être un job d'appoint, je n'avais nullement l'intention d'y faire carrière, je n'ai pas de prédispositions particulières pour tout ce qui touche aux vaches, moutons et autres cultivateurs de courgettes), j'ai souvent affaire à des gens un peu rustres. Normal, ils sont occupés à bosser la terre de leurs mains, les subtilités administratives leur passent très logiquement au-dessus de la tête. On est donc indulgent. Enfin, moi je le suis parce qu'il faut bien reconnaître qu'en France, on est les champions de la paperasserie. Mais de temps en temps même avec la meilleure volonté du monde on tombe sur des gens qui vous donnent envie de hurler. Et ce n'est pas uniquement parce qu'ils sentent mauvais sous leur bras, sur leurs fringues, dans leur bouche. Ce serait trop simple et vous seriez rapidement aphone. Au choix : soit parce qu'au bout de trois courriers de relance dans lequel vous leur demander un RIB, ils vous répondent qu'ils ne savent pas ce que c'est. Soit parce qu'après vous avoir fait redessiner 6 fois les contours de leur exploitation, ils vous regardent en souriant et vous disent que ce n'est peut-être pas leur terrain. Soit parce qu'ils pensent que cabanon d'outillages est une façon de cultiver la terre. Et puis, parfois, il y a ceux qui vous font mourir de rire. Je passe sur ce monsieur qui zozottait tellement que les filles m'ont abandonné seul dans le bureau parce qu'elles n'arrivaient plus à garder leur sérieux. Et je dois reconnaître que se retenir de rire (parce qu'il faut après tout ce n'est pas sa faute s'il zozotte) tout en expliquant clairement les choses et en tâchant de comprendre ce que l'autre vous raconte n'est pas une mince affaire. Il y a aussi les petites perles d'écriture dont la dernière en date était une superbe 'excusée moi pour ce retard volontaire de par ma part'... Mais la palme de la conversation la plus étrange revient sans conteste à cet éleveur de chevaux auquel je devais demander quelques détails sur ces bêtes.
Moi : Bonjour monsieur, Nicolas Claude, Direction Départementale de l'Agriculture, je vous appelle au sujet de vos chevaux. Vous avez un moment ?
Eleveur : Je suis à cheval mais je vous écoute.
Moi : (euh... est-ce que téléphoner à cheval c'est comme téléphoner au volant ? c'est pas dangereux ?). Vous avez bien des juments ? Est-ce qu'elles ont été saillies cette année ?
Eleveur : Oui, j'en ai une, j'ai même un certificat pour ça. Par contre, j'ai une ponette, Choupette, ça fait deux fois qu'elle se fait prendre par l'étalon de mon père mais elle est toujours en chaleur.
Moi :... (hein ? quoi ? hein ?) Excusez-moi monsieur, vous pourriez répéter ?
Eleveur : Je sais pas si c'est le mâle qui est stérile ou elle qui a un problème, mais elle a beau se faire prendre, ça marche pas.
Moi : Merci, monsieur, c'est tout ce que j'avais besoin de savoir.
Elsa : Nico, t'as un problème, tu fais une drôle de tête ?
Moi : Euh... t'aurais pas une autre expression pour 'se faire prendre' ? J'ai peur que ça coince dans le courrier... September 01 Retour à Neuneuland1er septembre, reprise du boulot. Après un mois à ne rien faire d'autre que compter le temps qui passe entre deux pauses glandouille, me revoici dans mon joli petit bureau. Mais cette fois il n'y aura ni Blondie, ni Despote Girl. D'ailleurs, pour tout dire, il n'y a personne. Le boss est absent, la secrétaire est absente, le reste du staff est absent... C'est la berezina. Même pas de banderoles ou de petits fours pour nous accueillir... Ce qu'ils ont prévu en revanche c'est une bonne pile de courriers à traiter, de dossiers à compléter avec la mention 'URGENT' dessus... si urgent d'ailleurs que la secrétaire a préféré attendre notre retour et se tourner les pouces pendant tout un mois plutôt que de le faire... quand je pense que les fonctionnaires se plaignent de l'image de faignasse qu'ils véhiculent...
Peu importe parce que finalement je suis content de reprendre. C'est que je l'aime bien mon job. Et pas seulement à cause de tous ces calculs et de ces modifications de cartographie aérienne mais surtout parce qu'à midi, il y a la cantine. Oui, ça sonne comme le cri pathétique d'un homme réduit à suivre les élans de son estomac mais vous faites erreur. Parce que la raison pour laquelle j'aime autant la cantine, ce n'est pas parce qu'on y mange bien. Ce qui est faux, enfin pas vraiment mais ça n'a absolument aucun intérêt même si je n'ai jamais compris pourquoi on nous servait de la ratatouille en pleine canicule, pourquoi on autorisait les gens à se pinter la gueule sur leur lieu de travail ou comment la mayonnaise était devenu l'ingrédient principal de toute une alimentation. Non, la cantine, pour moi, c'est la seule occasion de la journée d'espérer croiser Alexandre.
Alexandre, ainsi prénomné parce qu'il me rappelle mon inaccessible fantasme d'étudiant, n'a pour l'instant pas de prénom officiel. je pourrais l'appeler 'Temporaire', c'est ce qui est écrit sur son badge, mais quelque chose me dit que ce ne doit pas vraiment être son nom. Je passe donc le temps nécessaire à choisir mes plats à scruter la porte d'entrée pour avoir une petite chance de l'apercevoir. Oui, ça sonne comme le cri pathétique d'un homme réduit à suivre les élans de sa libido et cette fois vous ne faites pas erreur. Pitoyable. Jusqu'à la fin juillet, j'ai attendu comme un groupillon (le masculin de groupie pour ceux qui se poseraient la question, mot tiré du Petit Nicolas Illustré) qu'il passe à côté de moi en me retenant de respirer. Et le jour où j'ai enfin pris sur moi d'aller lui parler, cet abruti n'a rien trouvé mieux que de s'entourer d'un véritable cheptel de greluches. C'est pourquoi, aujourd'hui, jour de reprise, je me dis que c'est le grand jour. Fini les hésitations, je fonce. Et tant pis si je me mange un rateau, après tout j'ai 28 ans, il serait peut-être temps de se comporter en homme. Go, Nico, go !! Seul problème, et de taille, Alexandre n'est pas là. Pour tout dire aucun de ses acolytes n'est là non plus. Et ça c'est mauvais signe. Aurait-il pris des jours de congès sans m'avoir averti ? Aurait-il lâchement abandonné le navire alors même que je m'apprêtais à l'aborder (vous remarquerez au passage l'insipidité flagrante de mes élans lyriques métaphoriques) ? Alex est-il parti pour toujours ?? Suis-je condamné dans l'intervalle à souffrir les assauts répétés de vieilles divas minaudantes ? Est-ce que Katherine finira par épouser Michael malgré son amnésie et la présence de Kimberly, sa demi-soeur jumelle par alliance ??
Ma vie amoureuse est d'un ennui mortel... et le pire, c'est que maintenant, j'ai faim ! August 04 Le règne de Despote Girl n'aura pas lieuLorsque j'ai commencé à bosser à la Préfecture, mon contrat ne devait durer qu'un mois, deux au grand maximum. Neuf mois plus tard, je suis toujours là et je ne vais pas m'en plaindre, bien au contraire. Et même si je dois pointer au chômage au mois d'août, je serai de retour à mon poste dès le mois de septembre. Eh oui, l'administration n'aime pas employer des vacataires à ne rien faire. C'est un privilège de titulaire !
La nouvelle de la reconduction de mon contrat est tombée la semaine dernière après trois semaines de suspense intense. Et pour cause, notre gentil patron, surnommé 'Agent Bauer' non pas parce qu'il ressemble à Kiefer mais parce qu'il porte le même nom, nous avait annoncé que seuls deux d'entre nous resteraient. Hors, nous étions quatre. Et parmi ces quatre bachelorettes, il y a Nini la teigne. Celle là même qui se croit allergique aux bonbons Regalad, qui pense qu'un oiseau qui s'envole du nid est un sujet dont on peut discuter pendant 2h30 et qu'un traitement de faveur devrait être accordé à tous les petits vieux quand ils ne remplissent pas correctement leur dossier parce que -oh mon dieu, les pauvres - ils sont vieux (ce que je trouve assez insultant dans la mesure où tous les vieux ne sont pas séniles, illettrés ou abrutis).
Agent Bauer : Fini la rigolade. En septembre, on a de la thune que pour 2. Pour les autres, c'est la porte. J'ai été clair ?
Nini : Oh mon Dieu, non, c'est horrible, mais comment va t'on faire ?? Agent Bauer - slurp - dites-moi pas que c'est pas vrai ! - slurp - est-ce que je pourrais m'entrenir avec vous - slurp - dans votre bureau - slurp - ou même en dessous si vous voulez - slurp - j'ai des dossiers en attente - slurp.
Moi : Vous aviez déjà remarqué qu'elle avait un problème avec sa langue ?
Si Nini avait suivi toutes les émissions de Real TV qui fonctionnent sur le système de l'élimination, elle saurait que le fayotage à outrance n'est jamais payant et que les autres candidats n'oublient jamais la mesquinerie et l'arrogance. Et si elle avait potassé 'L'Administration pour les Nuls', elle saurait également qu'il ne faut jamais mais jamais se mettre la secrétaire à dos. Bon, sur ce dernier point, je dois reconnaître qu'on ne s'est pas vraiment gênés pour la descendre, le tout avec finesse pour qu'on ne nous accuse pas d'être maveillants. Quitte à être fourbe, autant savoir si prendre. Et ce qui devait arriver, arriva, Nini, qui parle à la secrétaire comme si elle était sa chienne, s'est gentiment mis tout le service à dos. Jouissif ? Certainement, surtout lorsque dans sa très grande mégalomanie, elle ne se rend compte de rien. Le vendredi 28 arrive, jour de l'annonce des résultats, l'agent Bauer entre dans notre bureau. Nos regards sont braqués sur lui. Il n'a que deux roses. Nini retient son souffle et commence à préparer son discours de remerciement. Ce que Nini ne sait pas, c'est que mon patron a profité de la journée de la veille, où j'étais seul, pour me donner les résultats et comme je suis un bon camarade, j'ai aussitôt prévenu mes deux autres collègues. Mais pas Nini. Parce que je n'aime pas Nini. Ne cherchez pas à me faire culpabiliser, j'ai même pas honte !
Agent Bauer : Bonjour les filles !
Nous : Bonjour Charlie !
Agent Bauer : Désolé... salut Nicolas...
Moi : Pas grave, j'ai l'habitude...
Agent Bauer : Je vais pas vous faire attendre plus longtemps. Mini Plume, acceptes-tu cette rose ?
Mini Plume : Moi ? Moi ? MOI ????
Agent Bauer : Si tu la veux pas, je la file à quelqu'un d'autre...
Moi : Prends la ! Mais prends la !! Elle la prend !
Agent Bauer : Nico, je te demande pas si tu la veux, je t'ai déjà vu hier. Les autres, dommage pour vous ! Allez, bonne journée.
Et là, le monde de Nini s'effondre. Intérieurement c'est la jubilation. Même Madame Silence, qui n'a pas été reconduite, savoure la claque retentissante que vient de se prendre Despote Girl. Mais voilà, certains auraient eu la défaite honorable. Pas Nini. Nini est une mauvaise joueuse. Nini n'aime pas perdre. Parce que papa et maman lui ont toujours tout donné dès qu'elle claquait des doigts et parce qu'elle croit qu'en prenant une voix de petite fille sage, elle réussira à attendrir ceux qui lui résistent. Eh bien, non, bécasse ! A 35 ans, parler avec la voix d'une gamine de 12 ans, c'est passablement ridicule, surtout sur ton lieu de travail. Et pire que tout, pleurer devant le patron quand on apprend qu'on ne reviendra pas, c'est pas loin du degré suprême de l'humiliation.
Nini : Oh - snif - mon Dieu - snif... Comment je vais faire ? - snif - J'en peux plus - snif - Je suis à bout - snif, snif, snif - Agent Bauer, pourquoi ??????????? C'est trop ninjuste !!!
Mon boss se retrouve alors avec ce paquet informe qui chouine sur son épaule de façon pathétique et anti-professionnelle. Heureusement pour lui, la douche cesse très vite. Nini prend ses affaires et s'enfuit, laissant derrière elle sa charge de travail pour la journée.
Je vous sens à deux deux doigts de vous émouvoir des malheurs de cette pauvre Nini, au bord de la dépression. J'étais dans le même cas que vous. Mais ce serait faire une grosse erreur. Parce que Nini ne souffre pas de dépression, non, non, non... Si Nini fait un scandale lacrymal, c'est pour une raison beaucoup plus simple : Nini s'est choppé une gastro.
Aussi lorsque Nini revient le lundi 31, elle est blafarde et nous annonce qu'aujourd'hui, pour son dernier jour, elle ne pourra pas nous aider à classer et ranger les 300 dossiers qui se sont accumulés sur nos bureaux parce que si elle bouge, elle risque d'en mourir. On ne dit rien, habitué à ses simagrées et on commence à ranger (tâche ô combien ingrate et rébarbative). Nini aurait pu se contenter de souffrir en silence mais non, Nini se meurre de façon théâtrale en gémissant au milieu de la pièce. D'ici quelques secondes, elle va se rouler sur la moquette. Pourquoi est-elle revenue si elle est aussi mal qu'elle ne peut pas travailler ? Pour une raison toute simple qui ne nous étonne même pas : récupérer l'argent de la cantine. Nini, égale à elle-même, jusqu'au bout ! Mais Nini ne pouvait pas partir sans une dernière petite remarque vacharde... Alors que je lui dis aurevoir en lui souhaitant très sincèrement bonne chance dans ses futures recherches d'emploi, Nini me regarde avec un sourire mesquin.
Nini : J'espère qu'ils te titulariseront. En tout cas, t'as tout fait pour !
Allez bon vent Nini. Puisse la gastro avoir raison de toi ! July 06 La chanson du jourAlors que la quasi totalité des français hurlent leur joie d'être à nouveau en finale (oui, Pierre, même moi qui m'étais juré de ne pas regarder du foot... j'ai cédé... et aussi terrible que ça puisse paraître, j'ai bien aimé... mais une fois tous les 4 ans je trouve que c'est suffisant), Nini a réussi à trouver LA chanson la plus appropriée pour célébrer cette victoire :
Qui c'est les plus forts ?
Evidemment c'est les verts
On a un bon public
Et les meilleurs supporters
On va gagner, ça c'est juré
Allez, allez
Chanson parfaitement de circonstance pour qui croit encore que Platini joue à St Etienne... Elle est trop dans le coup, c'te Nini !
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