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    May 19

    Poulettes grillées

    Il arrive parfois, pour ne pas dire souvent, qu’une série soit culte à nos yeux alors que d’un point de vue objectif, les critères de qualité ne sont pas au rendez-vous. Comme ceux qui continuent de proclamer que les sitcoms AB : ‘c’est bien, wesh !’ ou les nostalgiques de Santa Barbara. Pour ce troisième volet des séries Cultes du petit Nico, je vais vous parler d’une série qui rentre forcément dans cette catégorie (sinon je ne vois pas l’intérêt de mon intro) : Melrose Place.

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    Produite par Aaron Spelling, dit Papi Prolixe (Prolixe, prolixe, tous les chiens en raffolent… désolé), et Darren Star, alors futur papa de Sex & the City, Melrose Place est un spin-off de Beverly Hills lancé en 1992. Les premiers épisodes permettent ainsi à Kelly de comprendre que son coup de foudre pour Jake le menuisier n’ira jamais plus loin. Exit la blonde, pas de place pour les dindes prépubères, ici on joue dans la cour des grands, on a des dindes d’élevage. C’est en tout cas ce que certifie la campagne promo de l’époque, Melrose Place c’est Beverly Hills avec des poils. La première saison, calquée sur la série d’origine, ne décolle pas et s’enlise dans des histoires conventionnelles et ronflantes autour des difficultés maritales de l’insipide Jane ou des petits boulots de l’aspirant journaliste Billy. C’est alors que Spelling et Star décident de jouer la carte de la blonde incendiaire et arriviste et demandent à Heather Locklear, à l’image sulfureuse depuis son rôle dans Dynastie (et pas dans Hooker), de venir booster les taux d’audience. La bimbo s’installe à Melrose Place, la série peut enfin démarrer.

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    Avec l’arrivée du personnage d’Amanda, les scénaristes, en surcharge hormonale, se jettent à corps perdu dans des scénarios abracadabrantesques. Fini les amourettes trop sages, il s’agit de coucher maintenant ! Et de beaucoup coucher ! Fini également les petites disputes qui se terminaient par de gonflantes réconciliations, plus de pardon désormais, on tue ! Les personnages connaissent alors un sérieux revirement, la série ne faisant pas dans la tiédeur. Il y aura d’un côté les braves gentils niaiseux, de l’autre les coriaces obsédés aux dents longues. Tout repose désormais sur cette dichotomie facile mais néanmoins jouissive. Melrose Place devient la série ‘camp’ par excellence, mariage au second degré d’un trash assumé et d’un glamour pathétique.
    Durant 7 saisons, tout le monde aura quasiment couché avec tout le monde (sauf GayMatt), tout le monde aura cherché à tuer son voisin (sauf GayMatt) et chacun aura payé de sa personne (sauf…ah si). Un seul mot d’ordre prédomine : rebondissement. La série, véritable soap, s’illustre dans des retournements de situations improbables mais mémorables, entre enlèvement de bébé, dédoublement de personnalité, explosion d’immeuble, zombi tué à coup de pelle, mariée qui vole par dessus la voiture le jour de ses noces, disparition en haute mer, noyade alcoolisée, fratricide, prostitution, embrigadement et suicide au téléphone.

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    Melrose Place c’est aussi un casting de stars télé à l’image un peu datée qui ont vu leur carrière repartir suite à leur apparition. L’exemple le plus marquant est celui de Marcia Cross, aujourd’hui héroïne de Desperate Housewives, qui doit son rôle en grande partie à son interprétation schizophrénique de Kimberly Shaw. Kristin Davis a un temps intégré la distribution de la série avant d’atterir dans Sex & the City, Courtney Thorne-Smith a quitté la série pour son rôle de Georgia dans Ally McBeal et Alyssa Milano a échangé son image de garçon manqué pour celle de femme fatale, largement exploitée dans Charmed. En 226 épisodes, la résidence avec piscine du 4616 Melrose Place aura accueilli des vedettes du petit écran comme Perry King (Riptide), Linda Gray (Dallas), David James Elliott (JAG), Dan Cortese (Ce que j’aime chez toi), Greg Evigan (Mes deux papas), Donna Mills (Côte Ouest), Nancy Lee Grahn (Santa Barbara), Megan Ward (Dark skies), Rena Sofer (Coupling), Alexandra Paul (Alerte à Malibu), Antonio Sabato Jr., Denise Richards, Priscilla Presley...

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    A chaque fois, ces guests ‘prestigieuses’ se sont retrouvés à jouer les tarés profonds, les hystériques dépressives, les pervers retors… Le pourcentage d’individus mentalement instables est si élevé que le quartier est quasiment un asile de haute sécurité. Mais ce n’est rien comparé aux personnages centraux, une vingtaine au cours de la série, qui peuvent se répartir en 4 catégories :

    Les salopes implacables
    : Elles sont arrivistes, elles sont super bien gaulées, elles ne veulent qu’une chose : le pouvoir et tant mieux si elles doivent enlever leurs vêtements pour y parvenir mais il ne faut pas s’y tromper, elles ont un cœur sous la nuisette léopard et elles souffrent beaucoup, des fois même elles pleurent seules dans leur lit aux draps de satin. La reine dans cette catégorie c’est bien sûr Amanda Woodward (Heather Locklear), invitée exceptionnelle permanente de la série (!), qui aura eu le plaisir de faire constamment chouiner Alison la pénible, de coucher avec Billy, Jake, Peter, Kyle et Michael, de tuer son ex-mari, de diriger sa propre boîte et de simuler sa propre mort. Face à elle, Lexi Cooper (Jamie Luner) et Brooke Armstrong (Kristin Davis) font pâle figure, la première n’étant mémorable que pour ses dessous de satin, la seconde pour avoir réussi à épouser sous la barbe d’Alison, le gentil Billy. Mais on ne s’attaque pas impunément à la gentille Alison ! Amanda avait perdu le bébé qu’elle attendait de Billy lorsqu’elle l’avait piqué à sa collègue, Brooke, elle, aura appris à ses dépends que si on veut se pochetronner la gueule près d’une piscine, il ne faut pas porter de talons.

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    Les victimes pathétiques : Généralement blondes, elles sont les braves filles pures de la série, celles auxquelles le spectateur est sensé s’attacher parce qu’elles véhiculent de vraies valeurs morales. La brave Alison Parker (Courtney Thorne-Smith), constamment bafouée, trahie, trompée, humiliée en est la meilleure représentante : elle se fait piquer son mec par sa patronne, son ex se suicide au téléphone avec elle, son mari se noie en mer sans rien lui léguer, sa maison brûle et elle perd la vue, elle devient alcoolique et son dernier mec la largue pour une moto… Mais les cruches ont parfois un sursaut de conscience et se rendent compte à quel point elles sont cruches. Fort heureusement ces moments de lucidité où elles deviennent des sous-salopes implacables ne durent jamais très longtemps. Une dinde est une dinde à vie. Dans la même catégorie en plus blonde mais moins aimable, on trouve Jane Mancini (Josie Bissett). Jane, la Judith Godrèche de Melrose Place, blonde péroxydée, cocue dès la première saison alors même que la série n’est que de la soupe, preuve qu’elle est une truffe devant l’éternel, se prend pour une artiste de mode, tous les hommes la trompent, certains, comme son mari Michael, à répétition et lorsqu’elle se rebelle, elle n’arrive même pas à tuer son amant à coup de pelle, la poliotte ! Heureusement après 7 ans de malheur, Jane a le droit de convoler avec son mari dans la vraie vie, le gentil Rob Estes. Mais il n’y a pas que des blondes idiotes, il y a aussi des brunes facilement abusables. Comme Jo Reynolds (Daphne Zuniga). Jo qui réussit à se faire engrosser par un nain après une séance sur un escabeau, Jo qui se fait piquer son bébé par les vieux géniteurs du nain en déambulateur avant de se le faire repiquer par Kimberly, Jo qui se fera plaquer par son mec pour une moto… Mais les hommes ne sont pas en reste. Aussi charismatiques que des huîtres pas fraîches, la plastique habilement exploitée, les hommes de Melrose sont très faciles à manipuler comme Billy Campbell (qui fuira la série en Italie), Jake Hanson (qui fuira la série à moto) et surtout Matt Fielding (qui fuira la série avec sa nièce). Matt, le seul personnage gay, c’est-à-dire asexué, unique représentation des homos durant 5 ans dont le seul baiser aura été censuré par la chaîne, Matt qui fera la grosse erreur de vouloir revenir et mourra donc dans un accident de voiture. Fallait pas revenir nous les briser !

    Les losers misogynes
    : Etrangement tous médecins, les losers cumulent les combines les plus minables et les revers amoureux les plus cinglants. Brett Cooper (Linden Ashby), faussement gentil, a quitté la série quand il a compris que sa femme était une telle punaise que même la tête sous l'eau elle continuait à lui pourrir la vie. Il y a Peter Burns (Jack Wagner), bien sûr, même si son côté retors prendra le pas sur son côté loser au point de finir la série dans les bras d’Amanda sur une île déserte qu’ils repeupleront de petits tarés (autre 1, autre 2, autre 3…) mais LE véritable loser de la série, c’est Michael Mancini (Thomas Calabro), le macho italien qui a un besoin pathologique de sauter sur tout ce qui bouge même si c’est la sœur de sa femme. Il a même réussi à se taper Amanda mais elle a une excuse, elle avait un cancer et on croit même qu’il pourra se racheter une conduite avec Megan (Kelly Rutheford), la prostituée au cœur pur mais la bougresse préfèrera un ancien curé qui vient de découvrir qu’il avait un enfant (non, vraiment, ces intrigues !)

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    Les siphonnées du bocal : Ma catégorie culte. Dans le rôle de la troisième dauphine, Taylor McBride (Lisa Rinna), lèvres en feu, hystérique notoire qui se fait passer pour sa sœur morte pour reconquérir le cœur de son homme qui de toute façon préfère les blondes, couche avec Michael parce qu’elle est désespérée et quitte la série parce que Heather Locklear veut l’emplâtrer. Pour de vrai. La deuxième dauphine c’est Sydney Andrews (Laura Leighton), la petite sœur rousse de Jane, qui tient coûte que coûte à se faire le mari de sa sœur, le fait chanter, menace de le tuer puis devient call-girl, entre dans une secte et croit pouvoir se marier en blanc à l’église. Grosse erreur ! Les scénaristes, qui n’aiment pas voir leurs acteurs quitter le navire, font un joli strike avec la mariée en lui lançant une voiture à pleine vitesse dessus. La voiture gagne. Du coup, son mari de 2 secondes (David Charvet), qui vient de comprendre que ce rôle serait son dernier se suicide dans sa voiture et aussi dans l’indifférence générale. Et pour porter la couronne de Miss Givrée du Bulbe, la génialissime Kimberly Shaw (Marcia Cross). Soyons honnêtes, elle est la raison pour laquelle j’ai fait ce billet. Kimberly, médecin avec des scrupules qui se refuse à Michael parce que l’adultère c’est mal, finit le crâne ouvert dans un fossé, revient avec une perruque et de gros problèmes de personnalités, veut tuer tous ceux qui se trouvent entre elle et Michael en faisant sauter la résidence, organise des réunions tupperware, vole des bébés et obéit à la voix d’un jardinier mort dans sa tête. Kimberly concentre à elle seule toutes les caractéristiques du show : elle est over the top, schizo, fragile, sexy, drôle… Marcia Cross, pas loin de son rôle de future psychorigide dans DH, excelle véritablement et s’impose comme LA star de la série.

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    Pour ses scénarios tordus, son côté « grand n’importe quoi », sa sexualité assumée, ses playmates et ses homme-objets, ses personnages outranciers, Melrose Place est un soap furieusement camp pour le gay que je suis, une série qui m’aura apporté l’un de mes plus grands moments de télévision (Kimberly qui fait sauter la résidence) et un de mes personnages cultes. Et pour un soap d’Aaron Spelling, c’est beaucoup !

    April 20

    Like a virgin

    Il y a des séries dont une fois le dernier épisode bouclé on se demande pourquoi on les a suivies et surtout pourquoi on les a aimées. C’est le cas de Dawson’s creek.

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    Créée par Kevin Williamson en 1998, scénariste en vogue depuis les succès surprise de Scream et Souviens toi l’été dernier, Dawson qui se veut une sorte de récit semi-autobiographique de l’auteur, est avant tout une série pour ados. Parce qu’elle parle d’ados et surtout parce qu’elle est diffusée sur WB, chaîne du câble qui s’adresse principalement aux teenagers. L’idée de départ est on ne peut plus classique : dans une petite ville de Caroline du Nord, Capeside, un jeune garçon féru de cinéma (Dawson Leery) rencontre une jolie jeune fille blonde et mystérieuse (Jen Lindley) qui emménage dans la maison à côté de la sienne. Autour de lui, on trouve son meilleur ami chahuteur et insolent (Pacey Witter) et sa meilleure amie (Joey Potter), studieuse et maligne, qui l'aime en secret. Ce qui distingue avant tout Dawson des autres productions pour ados de l’époque et ce qui fera la quasi unanimité des critiques lors de son lancement, c’est l’intelligence des dialogues et l’esprit de répartie des personnages. C’est également le premier point a être critiqué par les téléspectateurs : aucun ado ne parle de cette manière. Dawson et ses amis sont des bavards impénitents, centrés sur leur nombril, obnubilés comme tous les ados par le sexe (surtout s’ils n’ont jamais eu aucun rapport) et persuadés que leurs souffrances ne pourront jamais être comprises ni égalées. La très puritaine Parents Television Council en fait sa bête noire et la nomme «pire série de l’année ». Qu’importe, Dawson, lancée comme sa consoeur Buffy, en programme de mi-saison, remporte suffisamment de succès pour se voir renouveler. La série durera 6 saisons, soit 128 épisodes et durant ce laps de temps aura vu sa qualité progressivement diminuer et ses personnages perdre de leur spécificité pour au final ne plus se distinguer de la masse des soaps du même genre. Pourtant, malgré tout, Dawson reste à mes yeux une série à part. Il faut dire que j’ai une nostalgie particulière de mes années de lycée et que j’ai un faible pour ces histoires sentimentales où tout prend des proportions énormes, si énormes que le moindre obstacle, la moindre péripétie semble insurmontable.
    Cependant lorsque je parle de Dawson, je distingue 2 périodes : l’époque Williamson où le créateur produisait et scénarisait la série soit les deux premières saisons et l’après Williamson dès le début de la saison 3 où la série a sombré dans la banalité, voire par moment, la médiocrité.

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    La raison majeure pour laquelle la série, malgré ce que je viens d’écrire, se retrouve dans la catégorie « séries cultes » tient en un prénom : Jack. Interprété avec beaucoup de sensibilité par Kerr Smith, Jack apparaît dès le début de la saison 2 et n’est au départ qu’un obstacle de plus dans la relation chaotique entre Dawson et Joey. Mais Williamson a d’autres plans en tête et s’il ne les dévoile pas d’entrée de jeu c’est qu’il veut que le spectateur s’attache à Jack avant de leur dire « ah oui au fait, ce petit nouveau que vous aimez bien, il est pédé ». Le cheminement du personnage pour s’accepter, faire face au regard des autres et envisager une relation amoureuse n’est pas exempt de mélo mais sonne remarquablement juste. Et pour les gays qui sont devant leur écran et qui n’ont eu droit jusqu’alors qu’à l’insignifiant et inoffensif Matt Fielding de Melrose Place, c’est une petite révolution.
    Mais il y a bien d’autres raisons d’aimer Dawson et je ne parle pas que du charme désinvolte de Joshua Jackson (Pacey) : l’abondance de références culturelles, cinématographiques pour la plupart (l’admiration sans borne de Dawson pour Spielberg a quelque chose de très naïf et traduit bien l’inaptitude du personnage, du moins au début, à envisager la vie autrement qu’en terme de contrastes très marqués), la répartie de Pacey, l’élève rebelle qui cherche à attirer l’attention de son père, l’inflexible shérif, l’intelligence farouche et indépendante de Joey, la vulnérabilité déprimante de Jen…

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    Les personnages ont tous au départ quelque chose à dire et très rapidement les seconds rôles que sont Pacey et Joey sortent de l’ombre de leur ami Dawson pour exister pleinement. Williamson et son staff scénaristique équilibrent le tout avec une pointe d’humour et même si le propos est parfois larmoyant, l’interprétation et la bande son aident à ne pas tomber dans le pathos. La série est à son apogée créative. C’est l’époque où Jen, la paria, rejetée par sa famille, ostracisée par les élèves de son lycée qui ne voient en elle qu’une dévergondée new-yorkaise, sombre lentement dans une dépression destructrice suite à la mort de son grand-père, l’époque où la sœur de Joey doit faire face à l’intolérance de sa petite ville après avoir eu un enfant métisse hors mariage, où les parents de Dawson tarversent une crise maritale en raison de leurs différentes aspirations professionnelles, l’époque où Andie, la sœur de Jack, essaye de maintenir sa famille à flots alors qu’elle n’a toujours pas réussi à surmonter la mort de son frère aîné, l’époque où Pacey joue les preux chevaliers par amour pour Andie (Ah... Pacey), l’époque où Dawson doit choisir entre dévoiler à Joey la trahison de son père ou le laisser continuer à tromper les siens. L’époque où la série essayait encore d’être intelligente et construite.

    Par la suite, Dawson, le plus grand puceau de l’histoire, se transforme en une caricature de lui-même et les scénaristes axent la quasi totalité de leurs intrigues sur la nouvelle relation Pacey/Joey. Ces deux-là deviennent les véritables héros de la série et sur les 128 épisodes, seule Joey aura été là à chaque fois. Pour preuve, lors du passage à la fac, Dawson est le seul à ne pas atterrir à Boston, l’excluant ainsi de la majeure partie des intrigues. La série n’a plus rien d’autre à évoquer que les turpitudes amoureuses de ses personnages. Dawson vire au soap purement et simplement, atteignant des sommets d’invraisemblance lors des deux dernières saisons où Pacey devient tour à tour chef cuisinier et trader et perd toutes les économies de Dawson en bourse. Dès la saison 3, Jen se retrouve avec un nouveau copain par saison (Henry le footballeur insipide, Charlie le coureur de jupons et CJ le bellâtre inconsistent), Joey veut Pacey, non Dawson, non Pacey, peut-être Dawson à moins que ce ne soit Pacey, Andie est expédiée en Europe et ne manque à personne quant à Jack, dont les interactions avec les autres se limitent à bavasser avec Jen, l’ultime fag hag, il n’arrive jamais à garder un copain plus de 3 épisodes. Chacun reste figé dans un rôle bien précis et les personnages n’évoluent plus. L’ajout d’Audrey durant la saison 5, version joyeuse de Jen, désormais dépressive à temps plein, ne parvient pas à redorer le blason de Joey, sa colloc, devenue rigidement ennuyeuse.

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    Pourtant, malgré les défaillances constantes du pool des scénaristes, les acteurs essayent de préserver la fraîcheur et le charme de leurs personnages. Katie Holmes, indépendamment de la gourdasse lobotomisée qu’elle est devenue par la suite (thanks, mr Cruise !) et malgré un personnage de plus en plus pénible, incarnait le mieux cette légèreté. Au cours de ses six années d’existence, Dawson aura vu passer la plupart des têtes d’affiche des futures séries pour ado : Scott Foley (Felicity), Jason Behr (Roswell), Chad Michael Murray (Les Frères Scott), Oliver Hudson (La famille Carver), Jensen Ackles (Supernatural), sans oublier Michael Pitt, reconverti depuis en caution glauque/trash du cinéma indépendant et Sasha Alexander (la ‘miss bullet in the head’ de NCIS). Le cast est attachant et c’est ce qui à mes yeux sauve les dernières saisons de l’ennui.

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    Les acteurs, conscients d’avoir beaucoup perdu avec le départ de Williamson, exigent son retour pour le final. La série retrouve alors son souffle d’antan pour un dernier épisode particulièrement larmoyant qui voit enfin la résolution du triangle amoureux Pacey/Joey/Dawson et la fin du calvaire de Jen qui ne pouvait trouver d’autre rédemption après autant de débauche que dans une lente agonie, permettant ainsi à Jack de devenir le porte parole de la communauté en épousant Doug, le frère de Pacey devenu shérif et en héritant de la fille de Jen. Devant mon écran, en larmes, je hurle un « go, Jack ! » envieux parce que moi aussi je veux un shérif et un gamin.

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    Aujourd’hui, 4 ans après la fin de Dawson, je garde néanmoins une profonde affection pour cette série en dépit de ses imperfections parce qu’elle m’a donné un personnage positif et construit auquel je pouvais m’identifier et qu’elle a permis au genre, à coups de références et de verbiage constant, de s’offrir une approche moins niaise de l’adolescence.

    April 06

    Et le septième jour, Joss créa la tueuse

    Pour inaugurer cette nouvelle catégorie, je ne pouvais pas choisir d'autres séries que MA série culte, la seule dont je peux revoir les épisodes avec le même plaisir et dont je ne me lasse jamais, la seule pour laquelle j'ai accepté de devenir un véritable acharné, collectant dvds, ouvrages et autres articles pour assouvir ma soif de connaissances, la seule qui ait chamboulé ma vision du monde (j'exagère peut-être un peu mais à peine). Cette série, vous vous en doutez très certainement si vous me connaissez un peu, c'est Buffy the Vampire Slayer.

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    Pourquoi choisir Buffy ? Déjà parce qu'on fête cette année les 10 ans de son lancement le 10 mars 1997 sur l'ancienne WB et surtout parce que 4 ans après son dernier épisode, elle reste l'une des séries les plus intelligentes jamais produites. Petit retour sur la genèse d'un culte.

    Buffy est issue du cerveau du génial Joss Whedon (scénariste de Toy Story, Twister ou encore Alien Resurection) et avant de devenir la série qu'on connaît, elle a été un four monumental au cinéma. La raison ? Un scénario tellement retravaillé que l'auteur ne reconnaissait plus son bébé. Du coup, lorsqu'on lui propose d'en faire une série quelques années plus tard (une idée étrange, il faut bien le dire même si elle s'est avérée payante), Joss dit oui à condition de garder le contrôle. C'est qu'on ne lui fera pas deux fois ! Et c'est exactement ce qu'il fera durant sept ans, expliquant ainsi la qualité et la cohérence de sa série (JJ Abrams, si tu passes par là, ne le prends pas personnellement).

    L'idée de base est un peu simplette mais pour l'époque c'est un coup de génie : la bimbo blonde qui passe son temps à se faire tuer dans tous les slashers movies va enfin prendre sa revanche et montrer à la galerie de monstres qui peuplent l'univers fantastique qu'elle en a marre d'être prise pour une gourde. Buffy, pionnière de la nouvelle vague féministe, celle du girl power, est en marche !
    Aujourd'hui, pas une série sans une femme de caractère mais pour l'époque Buffy fait preuve d'insolence. La faute à un staff scénaristique brillant qui restera quasiment le même jusqu'à la fin de l'aventure et parmi lequels on peut trouver des auteurs aujourd'hui réputés dans le monde des séries télés (David Greenwalt, Jane Espenson, Marti Noxon...). Savoir s'entourer fait aussi partie du métier.

    Lorsque j'évoque Buffy, quatre raisons majeures me viennent à l'esprit pour expliquer l'engouement et l'impact qu'elle a eu sur moi.

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    Avant toute chose, Buffy est une série travaillée. Même si le constat de départ prête à sourire et que le côté "terreur de la semaine" des premiers épisodes peut lasser, force est de constater que les scénaristes connaissent leur boulot. Ils savent où ils vont et n'oublient pas ce qu'ils ont fait, ce qui permet à la série d'avoir une véritable unité. Whedon, maître incontesté en sa demeure, glisse ainsi des allusions à ce qui ne se produira que la saison, voire deux saisons prochaines. Fan lui-même, il sait que les références dont sont truffés ses épisodes seront comprises par son public fidèle. Les personnages évoluent avec constance, les choix qu'ils font ont des conséquences et les évènements sont liés. C'est le respect de la continuité et c'est suffisamment rare pour être souligné.

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    Autre raison, Buffy est composée d'un casting talentueux. Sarah Michelle Gellar se révèle au fur et à mesure des épisodes bien plus émouvante que ne le laissait supposer l'intrigue de départ. Chacun des seconds rôles est ainsi porté par des acteurs peu connus superbement dirigés qui offrent de grands moments : James Marsters (Spike) si talentueusement torturé, Nicholas Brendon (Alex) dont c'était ici le premier rôle, Tony Head (Giles) si irrésistiblement anglais, Juliet Landau (Drusilla) et sa folie envoûtante... Je pourrais tous les citer (et quand je dis je pourrais, ce n'est pas une simple formule, je pourrais vraiment le faire). L'humour inattendu d'Emma Caufield, la douceur apaisante d'Amber Benson, Seth Green le laconique pince-sans-rire, la bonhommie inquiétante de Harry Groener, l'énergie désespérée d'Eliza Dushku, la dignité douloureuse de Kristine Sutherland... Mais la palme revient sans conteste à Alyson Hannigan, véritable révélation dans le rôle de la timide Willow dont l'évolution est la plus significative, à la fois tragique et surprenante.

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    Même si tous les épisodes ne sont pas à inscrire au panthéon télévisuel (aucune série ne peut y prétendre), la qualité des scénarios est incontestable. En jouant sur toute une gamme d'émotions, du rire à la frayeur aux larmes, la série explore ses personnages avec une ferveur et une justesse impressionnantes. Conscient qu'elle peut être annulée à chaque fin de saison et qu'il n'y a rien de plus désagréable qu'une série inachevée, Whedon s'arrange pour boucler chacune de ses saisons. Le Big Bad de l'année devient ainsi une marque de fabrique (Le Maître, Spike et Drusilla, Le Maire, Adam, Glory, Le Trio, Le Premier). Et sur la durée totale de la série on s'aperçoit que ce qui compte n'est pas tant la résolution d'un conflit (puisqu'il se termine chaque fin de saison) mais bel et bien l'évolution des personnages. Ainsi les adolescents grandissent, entrent dans la vie active, leurs amours légères deviennent plus sérieuses et leurs certitudes des doutes. Comme dans toute existence, chacun se remet en question, s'éloigne de ceux qu'il aime pour mieux les retrouver (ou pas) et cherche encore et toujours à découvrir qui il est, quitte à y laisser sa vie. Ce faisant, Whedon et son équipe évoquent des thèmes plus adultes, cachés derrière les monstres et la mythologie, dense mais pourtant claire, de la série. La métaphore fantastique, principe cher à Star Trek et au genre en général, n'a jamais été aussi bien employée.

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    Dernière raison et non des moindres, Whedon ne se repose jamais sur une formule gagnante et innove constamment. Les couples clés se séparent, si bien que la notion de couple phare est en constante évolution et ce pour chacun des héros (Buffy : Angel, Riley ou Spike ?, Alex : Cordelia ou Anya ? Willow : Oz, Tara ou Kennedy ?), les repères éclatent (mort d'un parent, départ d'un autre, soeur mystère) et certains personnages importants connaissent une fin brutale et inattendue. Tuer son héroïne était quand même plutôt gonflé. Réussir sa résurrection l'était encore plus. Puis, périodiquement, Whedon s'attèle à ce que les fans appellent "les épisodes spéciaux" et qui constituent la carte de visite luxueuse de la série : un épisode muet, envoûtant et terrifiant (Hush), un épisode musical (Once more with feelings), un épisode onirique (Restless), un épisode centré sur les instants qui suivent immédiatement la mort d'un proche (The Body, véritable chef d'oeuvre)... Quitte à se tromper, Whedon avance, parce qu'il refuse de se reposer sur ses lauriers et de s'installer dans une routine pourtant si confortable. Et c'est payant.

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    J'ai en tête plein d'autres raisons d'aimer Buffy mais comme je ne peux décemment pas retranscrire ici mon gentil guide que j'ai écrit pour l'occasion (qui vient de dire psychopathe ?), je vais lancer pêle-mêle ce qui me vient à l'esprit, les amateurs comprendront : Willow, le placard à balais, dopplegangland, Angelus, les gentlemen, Kennedy, les lapins, le Buffybot, Joyce, le viol, Acathla, Sweet, les larmes de Willow dans les toilettes, Faith et Buffy sur la piste de danse, la psychanalyse de la tueuse, Harmony, le cou de Jenny, Chris Beck, Halfrek, la spatule de Cordelia, le pendentif d'Anya, Glory, Sarah MacLachlan, Buffy et Alex sur la piste de danse, Wesley et Cordelia, les chocolats, Tara, les lunettes de Giles, les draps rouges, Miss Kitty Fantastico, le crayon jaune, Warren, voix intérieures, Riley, la clé, le centième, la voix de Tara, l'âme de Spike, Andrew le refoulé, l'oeil d'Alex, Willow et Tara, la maison qui s'écroule sous les coups de Buffy et Spike, l'affrontement Willow/Giles, le passage de témoin, la fin...

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    Chaque fan qui a une série culte dira que sa série est unique et je ne couperais pas à la règle. Il y a pour moi un avant et un après Buffy dans ma vision des séries télé. Pour toutes les raisons citées mais surtout parce qu'à aujourd'hui Buffy est la série qui m'a le plus parlé, le plus remué, le plus touché. Parce que quand j'en parle, j'ai cette lueur dans le regard et un sourire sur les lèvres. Et il est toujours bon d'être reconnaissant pour les émotions qu'on éprouve.